Digger, la satire d'Alejandro González Iñárritu avec Tom Cruise, est sorti en France le 30 septembre 2026 et arrive aux États-Unis le 2 octobre. L'acteur y joue Digger Rockwell, un magnat du pétrole dont le forage au Groenland détache un bloc de glace géant qui dérive vers les côtes européennes. Le milliardaire se démène alors pour passer pour le sauveur d'une catastrophe dont il est le premier responsable. La critique américaine l'a reçu sèchement, avec environ 50 % d'avis positifs sur Rotten Tomatoes et une note de 46 sur 100 sur Metacritic, alors que la presse française se montre plus clémente (3,2 sur 5 sur AlloCiné). Même les plus sévères saluent pourtant la performance de Cruise, méconnaissable sous les prothèses.
Le film vaut donc d'abord pour son acteur. Il déçoit outre-Atlantique, coûte très cher et s'annonce mal au box-office, au point d'offrir à Tom Cruise son premier échec critique depuis La Momie.
Date de sortie, durée et classification de Digger
Warner Bros. distribue Digger en France depuis le mercredi 30 septembre, deux jours avant sa sortie américaine du vendredi 2 octobre. Le film dure 2h09. Il sort tout public chez nous, alors que l'Amérique l'a classé R (les moins de 17 ans doivent être accompagnés d'un adulte) et que le Royaume-Uni le réserve aux plus de 15 ans. Tourné en pellicule 35 mm au format VistaVision par Emmanuel Lubezki, le chef opérateur de Birdman et de The Revenant, il est aussi programmé en IMAX et en Dolby Cinema.
De quoi parle Digger ?
Le synopsis officiel tient en une phrase : « L'homme le plus puissant au monde se lance dans une mission effrénée pour s'ériger en sauveur de l'humanité avant que la catastrophe, qu'il a lui-même déclenchée, n'anéantisse la planète. » Les critiques publiées décrivent un patron du pétrole qui a ignoré les alertes de ses équipes sur un site de fracturation au Groenland. Quand l'iceberg menace l'Europe de milliers de milliards de dégâts, Digger Rockwell choisit la désinformation plutôt que la responsabilité.

Iñárritu en a tiré une farce politique sur les ultra-riches et le climat, beaucoup plus noire que la comédie vendue par les bandes-annonces. Le tournage s'est déroulé sous le titre de travail Judy, alors que le projet s'appelait à l'origine Blah, Blah, Blah, a révélé le cinéaste à The Hollywood Reporter. Mieux vaut d'ailleurs arriver en salle en sachant peu de choses, puisque le récit réserve un changement de perspective qu'il serait dommage d'éventer.
Le casting de Digger autour de Tom Cruise
Tom Cruise, qui coproduit le film avec Iñárritu et Mary Parent, tient le rôle-titre de cette production Legendary.
- Tom Cruise : Digger Rockwell, magnat du pétrole
- Sandra Hüller : Emma Rockwell, sa demi-sœur et associée
- John Goodman : le président Compson
- Michael Stuhlbarg : le vice-président des États-Unis
- Riz Ahmed : Ganesh, un scientifique
- Jesse Plemons : Kenny
- Emma D'Arcy, Sophie Wilde, Burn Gorman, Robert John Burke et Pip Torrens complètent la distribution
Riz Ahmed sort du lot dans plusieurs critiques, qui en font le voleur de scènes du film. Le rôle de Ganesh devait pourtant revenir à l'acteur indien Fahadh Faasil, parti après un désaccord sur ses indemnités de tournage. Derrière la caméra, Iñárritu retrouve Nicolás Giacobone et Alexander Dinelaris, ses coscénaristes de Birdman, rejoints par la Mexicaine Sabina Berman, tandis que Cosmo Sheldrake signe sa première musique de long métrage. La plupart de ces noms figuraient déjà au générique annoncé avec l'affiche de Digger.
Le pari d'Iñárritu et de Tom Cruise
Digger est le premier film en anglais d'Alejandro González Iñárritu depuis The Revenant, sorti en 2015. Le film est présenté partout comme sa première comédie, ce qui oublie un peu vite Birdman, récompensé du Golden Globe de la meilleure comédie, mais le réalisateur mexicain n'avait jamais signé de farce aussi frontale. Il a fallu une dizaine d'années à l'idée, née après The Revenant, pour arriver sur les écrans. Le cinéaste l'a soumise à Tom Cruise pendant les prises de vues de Top Gun : Maverick, avant six mois de tournage aux studios Pinewood, en Angleterre.
Pour l'acteur, le virage est plus net encore. Digger est son premier film hors Mission: Impossible et Top Gun depuis Barry Seal : American Traffic, sorti en 2017, soit neuf ans passés à courir, sauter et piloter. Après avoir bouclé la saga Mission Impossible, il se présente à 64 ans en milliardaire bedonnant, cheveux blancs ramenés en brushing et accent du Sud, une transformation que le trailer de Digger mettait déjà en avant. Le Los Angeles Times parle de son rôle le plus risqué « depuis des lustres ».
Digger vaut-il le détour ? La critique sauve Tom Cruise, pas le film
Aux États-Unis, la réponse penche vers le non. Digger tourne autour de 50 % d'avis positifs sur Rotten Tomatoes (140 critiques au moment de sa sortie) pour une moyenne de 46 sur 100 sur Metacritic. Tom Cruise n'avait plus eu de film classé « rotten » depuis La Momie, en 2017, qui plafonnait à 15 %. Peter Bradshaw, du Guardian, y voit une satire « superficielle, laborieuse et autosatisfaite » quand Bilge Ebiri, de Vulture, décrit une « expérience torturante ». Odie Henderson est allé jusqu'au zéro pointé dans le Boston Globe, en reprochant à Cruise de surjouer « de façon franchement embarrassante ».
Le film garde des défenseurs. Robbie Collin, du Telegraph, en fait « un Docteur Folamour pour la crise climatique », Jake Coyle, de l'Associated Press, un pari audacieux en prise avec son époque. Nous relevions déjà, à la lecture des premières réactions à Digger, un Cruise épargné même par les déçus, ce que les critiques complètes ont confirmé.
La presse française se montre plus généreuse, avec une moyenne de 3,2 sur 5 sur AlloCiné pour 28 titres. Le Monde salue un « jeu de massacre d'une verte crudité » et Première un « Docteur Folamour revu par Yórgos Lánthimos ». Le Figaro, Écran Large et Le Parisien lui accordent aussi quatre étoiles. En face, Libération parle d'un « ragoût indigeste » et Les Inrockuptibles d'un film qui « accumule frénétiquement de la matière » pour combler le vide, deux étoiles chacun, pendant que Télérama, au milieu, trouve cette dystopie « assez lourdingue ». Au lendemain de la sortie, les spectateurs d'AlloCiné le notaient 3,9 sur 5.
D'un côté à l'autre de l'Atlantique, Digger vaut donc le déplacement pour Tom Cruise, qui livre selon plusieurs critiques sa meilleure composition depuis Magnolia, beaucoup moins pour un humour qui frappe fort sans toujours faire rire. Le spectateur prêt à suivre Iñárritu dans ses excès y trouvera un objet visuellement hors norme. Celui qui attend la comédie promise par la promotion risque la douche froide.
Box-office : un démarrage poussif pour un film à plus de 125 millions
En France, les premières séances parisiennes du mercredi ont placé Digger deuxième avec 1 172 entrées sur 27 copies, derrière Notre salut (2 715 sur 24) mais devant Verity (776 sur 22). Pour Iñárritu, ce chiffre reste loin de The Revenant (5 774) ou de Birdman (3 327), juste sous Babel (1 177). Nous attendions 180 000 à 250 000 entrées en première semaine dans nos prévisions box-office, avec Verity devant d'une courte tête. Sur toute la France, les premiers chiffres nationaux lui donnent 27 551 spectateurs le premier jour, troisième derrière Notre salut (62 377) et Verity (42 402), ce qui rend la fourchette basse de nos prévisions difficile à atteindre.
Aux États-Unis, la situation est pire. Warner avance un budget de 125 millions de dollars, que la presse spécialisée américaine situe plutôt entre 160 et 180 millions après des dépassements de tournage, ce que le studio conteste. Les projections du premier week-end sont tombées entre 12 et 15 millions de dollars, contre 18 à 20 millions deux semaines plus tôt, très loin de Verity, attendu en tête. Une bataille après l'autre, l'autre pari d'auteur coûteux de Warner l'an dernier, avait démarré à 22 millions avant de finir à 213 millions de dollars dans le monde, sans rentrer dans ses frais. Selon TheWrap, Digger est aussi le dernier film de Warner Bros. en tant que studio indépendant avant la finalisation de son rachat par Paramount, un cadeau d'adieu empoisonné pour une maison centenaire.
Le premier week-end américain et les entrées françaises de la semaine trancheront d'ici lundi. Tout indique déjà que Digger restera à la fois la composition la plus audacieuse de Tom Cruise depuis Magnolia et l'un des trous les plus profonds creusés par Warner cette année.


