Une telle proposition ne pouvait que cliver. Entre deux volets d’It Follows, David Robert Mitchell nous propose La Fin d’Oak Street, sorte de kamoulox de SF à mi-chemin entre Jurassic Park, Jumanji et un bon vieux film d’horreur. Après un trou de ver dimensionnel magique, une famille et tout son quartier se retrouvent expédiés à l’âge des dinosaures et vont devoir survivre.
Le film suit bien la famille Platt, incarnée notamment par Anne Hathaway, Ewan McGregor, Maisy Stella et Christian Convery, après qu’un mystérieux événement cosmique a totalement bouleversé leur quartier. Le film laisse volontairement assez floues les mécaniques exactes de ce voyage temporel.
Un film familial passé dans une machine à laver horrifique

Dans ce long-métrage, on retrouve une ambiance Goonies, une esthétique proche des films Amblin de Steven Spielberg. Il y a des jeunes gens, une certaine naïveté, une douceur dans les interactions et cette vie de quartier qui va être bouleversée par des événements complètement dingues. On sent surtout la volonté de David Robert Mitchell de déstructurer l’essence même du film familial pour proposer une montagne russe horrifique avec une bonne dose d’humour noir.
Pour preuve, le film est classé PG-13 aux États-Unis pour ses passages violents, ses images sanglantes, son langage et quelques éléments suggestifs. En France, La Fin d’Oak Street reste tout public, mais avec avertissement. De quoi donner le sentiment que le film essaie de conserver les familles dans son viseur tout en poussant le curseur assez loin. C’est loupé.
Ce qui choque déjà, c’est la paresse d’un scénario très prompt à nous asséner des « tais-toi, c’est magique ». Tout se déroule finalement assez convenablement pour les personnages. Leurs rares mises en danger sont vaines et les vrais partis pris pour en liquider certains sont désamorcés par la magie du multivers et du voyage temporel. Le film va même jusqu’à revenir sur une mort importante dans son final grâce à sa mécanique temporelle. Ewan McGregor et Anne Hathaway ont d’ailleurs confirmé que cette mort devait initialement être définitive avant que la fin ne soit modifiée pendant la production.
Encore faudrait-il, pour que l'on y croit, que les personnages soient captivants. Ce qui n’est pas vraiment le cas. Tout le monde joue de façon hyper caricaturale pour que cette famille soit dans la norme standard des deux tiers des familles américaines d’aujourd’hui : sur le bord de l’implosion, mais qui vont se rabibocher parce qu’ils sont encerclés par des dinosaures malfaisants. Le jeune fils, incarné par le super Christian Convery de Sweet Tooth, qui a bien grandi, peine à convaincre, comme Anne Hathaway et Ewan McGregor, qu’on ne sent pas du tout habitués au registre du film catastrophe.
À force de mélanger les genres, il finit par ne plus vraiment savoir ce qu’il est

Le long-métrage use aussi d’une certaine paresse pour présenter son horreur, à grands coups de jumpscares inutiles, introduits au forceps et gratuits, alors que d’autres plans — l’allosaure et le serpent notamment — étaient, eux, très très bien trouvés. Tous les artifices de réalisation utilisés semblent justifier cette volonté du cinéaste d’être clivant, de ne pas plaire à tout le monde.
Mais à force de balbutier plusieurs genres, de donner du grain à moudre à tous les publics, tu en viens à proposer un truc difforme, mal écrit, qui se résout avec une bêtise ahurissante sans donner d’explications réellement viables. Le film évoque bien une possible activité solaire et joue ensuite avec des portails temporels, mais David Robert Mitchell assume lui-même avoir laissé volontairement les mécanismes du voyage dans le temps assez ambigus pour que chacun puisse les interpréter. Autrement dit : l’explication de la mésaventure temporelle est encore pire niveau crédibilité que le multivers du MCU dans Avengers : Endgame.
Probablement que La Fin d’Oak Street va rester dans les annales — comme le diplodocus du film, no spoil —, mais je me demande si ce sera réellement pour de bonnes raisons.
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