Anthropic, le labo d'IA qui se présente depuis sa création comme le champion de la prudence, vient de se faire prendre à son propre jeu. Jeudi 27 mars, Fortune a révélé qu'environ 3 000 documents internes, brouillons de blog, fichiers PDF, images, fichiers audio, traînaient en accès public sur un data store mal configuré, indexables par Google (c'est très gros tout ça).
Parmi cette manne d'informations, un brouillon d'annonce pour un modèle baptisé Claude Mythos, aussi connu sous le nom de code Capybara.
Le problème technique est d'une banalité confondante, les fichiers uploadés sur le CMS étaient publics par défaut, et personne n'aurait changé les paramètres de confidentialité. Des mois de drafts internes posés ici, visibles par quiconque savait où chercher, jusqu'à ce que Fortune contacte Anthropic jeudi soir dernier. L'accès a été coupé dans la foulée, mais le mal est fait. Ce sont Roy Paz, chercheur en sécurité chez LayerX, et Alexandre Pauwels, de l'Université de Cambridge, qui ont repéré la faille.
Un modèle au-dessus d'Opus

Selon les documents fuités, Capybara désigne un tout nouveau palier de modèles, situé au-dessus de la gamme Opus dans la hiérarchie d'Anthropic (Haiku, Sonnet, Opus… puis Capybara). Mythos en serait le premier représentant, et les résultats décrits dans le brouillon sont sans précédents, des scores "dramatiquement plus élevés" que Claude Opus 4.6 sur le codage, le raisonnement académique et c'est là que ça se corse, la cybersécurité.
Anthropic écrit noir sur blanc que Mythos est "actuellement bien en avance sur tout autre modèle d'IA en matière de capacités cyber", et qu'il "présage une vague imminente de modèles capables d'exploiter des vulnérabilités à une vitesse qui dépasse largement les efforts des défenseurs". En gros, l'entreprise a construit un outil qui, entre de mauvaises mains, pourrait automatiser des cyberattaques à grande échelle, notamment sur des failles zero-day. La stratégie prévue, réserver d'abord l'accès aux équipes de cyberdéfense avant toute diffusion grand publique.

On n'est pas encore en pleine science-fiction, Anthropic a elle-même documenté un cas récent où un groupe lié au gouvernement chinois a utilisé Claude Code pour infiltrer une trentaine d'organisations, des entreprises tech, institutions financières, agences gouvernementales etc. L'outil de cybersécurité que la société a lancé en février répondait déjà à cette menace. Dix jours pour comprendre l'étendue de l'opération, avec le niveau d'un Opus 4.6. Avec Mythos, l'asymétrie entre attaquants et défenseurs se creuserait encore.
L'ironie(A)
En coulisses, la fuite a aussi révélé le programme d'un séminaire privé prévu au Royaume-Uni, dans un manoir du XVIIIe siècle, réunissant les PDG des plus grandes entreprises européennes autour de Dario Amodei, le patron d'Anthropic. Et selon The Information, la société discuterait d'une introduction en bourse d'ici la fin de l'année 2026.

L'ironie est quand même épaisse, Anthropic accusait en février DeepSeek et d'autres d'avoir pillé Claude pour entraîner leurs propres modèles. Un mois plus tard, c'est elle qui laisse 3 000 documents internes en libre-service sur le web, la course à la puissance dépasse visiblement les discours sur la sécurité, même chez ceux qui en ont fait leur marque de fabrique.




