Si le cinéma se porte mieux face à la moribonde année 2025, c'est en partie grâce au cinéma américain. Outre les 6,1 millions d'entrées de Marsupilami par la Bande à Fifi et les 6 millions cumulés par le diptyque La Bataille de Gaulle : L'Âge de fer (3,2 millions) et J'écris ton nom (2,8 millions), cette année cinématographique est plutôt salutaire grâce aux grosses productions d'outre-Atlantique, et en particulier Spider-Man : Brand New Day (8,5 millions) et le péplum L'Odyssée de Christopher Nolan (8,1 millions).
Derrière, il y a un très grand nombre de films qui ont été des succès, mais aussi d'autres qui ont un peu plus souffert. D'où notre volonté de mettre le doigt, au travers d'enquêtes précises, sur la question de la véritable rentabilité, ou non, du cinéma français.
On commence à toucher un système du bout des doigts. Dans mon analyse sur De Gaulle, on démontre que ces grosses productions sont souvent une imbrication de beaucoup de producteurs et de crédits d'impôt différents, et rarement un producteur qui supporte seul l'investissement. Même pour Studiocanal et Les Misérables, où ce sont près de 43 millions d'euros qui ont été mis sur la table, le financement repose sur plusieurs sociétés, dont Curiosa Films, Eskwad et TF1 Films Production, en plus du studio affilié à Canal+. Une configuration différente de celle du diptyque d'Antonin Baudry, mais dont la répartition précise des investissements reste à déterminer.
Une fois passé tout ça, on peut aisément vous cibler deux des plus gros fiascos commerciaux français de l'année, et ce sont deux films historiques : Justin le Juste d'Éric Barbier et Les Héros du Louvre d'Élie Chouraqui.
Justin le Juste : 8,6 millions d'euros de budget pour 231 000 spectateurs

Pour Justin le Juste, le film raconte la mobilisation pour la guerre d'un paysan français en 1915, qui se révolte contre les injustices des commandants français.
Le casting comporte notamment Alexandra Lamy et Alban Ivanov dans le rôle phare. Le long-métrage est sorti le 23 septembre 2026.
Le budget est estimé à 8,6 millions d'euros, pour une production à la fois française et belge avec les partenaires suivants : Vertigo Productions, en coproduction avec 2001 Production, France 2 Cinéma, Les Gorilles Production, RTBF, Scope Pictures et SND. En quatre semaines, seulement 231 000 spectateurs ont vu l'aventure de Justin.
Avec une hypothèse de ticket moyen à 7,50 €, le film aurait généré environ 1,73 million d'euros de recettes brutes françaises, dont seule une fraction revient finalement aux ayants droit. Comme j'aime à vous le rappeler, le reste du ticket est réparti entre les exploitants de salles, les distributeurs et différents prélèvements, notamment la TVA, la taxe destinée au CNC et les droits perçus par la Sacem.
En appliquant une hypothèse simplifiée de 40 % des recettes brutes revenant au circuit de distribution, on obtiendrait environ 690 000 euros, avant les différents frais et commissions. Une somme qui ne correspond donc pas directement à ce que les producteurs ont récupéré. Il faudrait ensuite déterminer les investissements de chacun dans le budget, les préventes, les aides, les crédits d'impôt et les clauses négociées qui ne sont pas connues.
L'écart théorique entre le budget de fabrication et cette estimation des recettes de salles atteint donc 7,91 millions d'euros. Attention néanmoins : ce n'est pas une perte sèche démontrée pour les producteurs, puisque les autres financements et circuits d'exploitation ne sont pas pris en compte. Mais ouille, coup dur pour Justin. Typiquement, ce film sera notre meilleure porte d'entrée vers notre enquête-investigation.
Les Héros du Louvre : 6,6 millions d'euros pour seulement 215 000 spectateurs

Les Héros du Louvre, c'est une adaptation de la BD écrite par Élie Chouraqui et dessinée par Letizia Depedri, sur une famille qui tente, par le biais du papa, de transférer les œuvres du Louvre vers le sud de la France pour les sauvegarder de l'invasion nazie pendant la Seconde Guerre mondiale.
En six semaines d'exploitation, environ 215 000 spectateurs. Là aussi, c'est la débandade puisque ça a coûté la modique somme de 6,6 millions d'euros. Là, on dit ouille un peu plus puisqu'il semble y avoir moins de producteurs associés. On y dénombre Fechner Productions, en coproduction avec Les Films de l'Altaï, ainsi qu'un partenariat avec le musée du Louvre.
En prenant la même base initiale dans le calcul des recettes (7,50 € le billet moyen, si on groupe les places chères des multiplexes, les réductions, tarifs enfants, Cinépass, tickets CE, etc.), le film aurait rapporté environ 1,61 million d'euros de recettes brutes. En conservant notre hypothèse simplifiée de 40 %, cela représenterait environ 645 000 euros pour le circuit de distribution, avant les frais et les commissions, et non directement dans la poche des producteurs.
Soit un écart théorique de 5,96 millions d'euros avec le budget initial. Là encore, impossible de parler de pertes nettes sans connaître les autres recettes, les financements déjà obtenus et les sommes réellement investies par chacun. Deux gros fiascos commerciaux, donc, pour des films qui n'ont pas trouvé leur public en salles, mais dont les pertes financières réelles restent à établir. Il conviendrait de parvenir à les analyser de façon précise avec des chiffres plus poussés. Mais ça, on le garde pour notre enquête.
