Avant chaque extension de World of Warcraft, il y a un rituel. On se pose. On lance la cinématique. Et pendant trois minutes, on oublie qu'on va passer les six prochains mois à farmer du stuff. Les cinématiques de Blizzard sont un art à part entière, certains diraient même le meilleur département du studio. Voici nos cinq préférées, classées, et un petit bonus qui fait plaisir.

5. Legion (2016) – La lettre de Varian
La cinématique de Legion commence par une lettre. Celle de Varian Wrynn à son fils Anduin, écrite depuis le front, pendant que la Légion Ardente déferle sur Azeroth. On voit des soldats tomber, des démons envahir le Rivage Brisé, et Varian se battre comme un roi devrait se battre : en première ligne.
Ce qui rend cette cinématique spéciale, c'est le ton. Pas de fanfaronnade, pas de réplique badass. Juste un père qui sait qu'il ne reviendra pas et qui écrit à son fils. La voix off en VF est magnifique. Et quand Varian dégaine Shalamayne une dernière fois, le frisson est là. C'est la cinématique la plus humaine que Blizzard ait jamais produite.
4. Warlords of Draenor (2014) – On ne sera jamais des esclaves
Techniquement, Warlords of Draenor est une extension moyenne. Mais sa cinématique est un chef-d'oeuvre. On y voit la scène fondatrice de tout l'univers Warcraft : Gul'dan offre le sang de Mannoroth aux orcs, et cette fois, Grommash refuse.
« Nous ne serons jamais... des esclaves ! »
Puis il plante sa hache dans la tête du Seigneur des Abîmes. L'enchaînement qui suit, avec la construction de la Porte des Ténèbres, la Horde de Fer qui se lève, c'est de loin la plus belle séquence d'action que Blizzard ait animée. La cinématique prend les joueurs de Warcraft III à contre-pied en réécrivant le moment le plus iconique du lore. Et ça fonctionne parfaitement.
3. The Burning Crusade (2007) – « Vous n'êtes pas prêts »

C'était il y a près de vingt ans, en janvier 2007 que la première extension de WoW débarque et vend 2,4 millions de copies le jour de sa sortie. La cinématique d'introduction suit le format Vanilla : un tour d'horizon des races et classes, cette fois enrichi des Elfes de Sang et des Draeneï. C'est beau, c'est propre, c'est Blizzard à son meilleur niveau technique pour l'époque, et un chef d'oeuvre éternel est né.
Mais soyons honnêtes : tout le monde retient une seule chose. Les dernières secondes. Illidan qui se retourne, déploie ses ailes de démon, et lâche la réplique la plus citée de toute l'histoire du jeu : « Vous n'êtes pas prêts. » En VF, la voix est parfaite. En VO aussi. C'est devenu un cri de ralliement, un tatouage sur l'avant-bras de milliers de joueurs. Et vingt ans après, ça fait toujours son effet.
2. World of Warcraft – Vanilla (2004) – Là où tout a commencé
Celle-ci, c'est la madeleine de Proust. Et là, c'est il y a plus de vingt ans. On revient au 23 novembre 2004. Vous insérez le CD (oui, un CD), vous lancez l'installation, et cette cinématique se lance pour la première fois. Un Nain qui court dans la neige de Dun Morogh. Un Tauren qui charge dans les Mulgore. Un Mort-vivant qui se relève dans les Clairières de Tirisfal. Un Druide, elfe de la nuit, qui se transforme en félin.
Une introduction qui deviendra un pur récital de fantaisie, et... Une fois encore, les tambours de guerre raisonnent. Puis plus rien. Pas d'histoire. Juste un monde qui s'ouvre devant vous, porté par la musique de Jason Hayes.

Cette cinématique dévoilait l'aventure qui nous attendait, les paysages que nous allions explorer, les heures où l'on allait se perdre. Pour ceux qui l'ont vue en 2004, c'est impossible de la revoir sans avoir la gorge serrée. C'est la promesse d'Azeroth, concentrée en trois minutes.
1. Wrath of the Lich King (2008) – Le roi est mort, vive le roi
Il n'y a pas de débat. Wrath of the Lich King possède la meilleure cinématique de l'histoire du jeu vidéo. Pas seulement de WoW. Mais du jeu vidéo.

La caméra survole lentement la Couronne de Glace. La voix du Roi Terenas résonne : « Mon fils... au jour de ta naissance, même les forêts de Lordaeron ont murmuré ton nom. Arthas. »
Et pendant que le père raconte l'espoir qu'il plaçait dans son fils, on voit ce fils se lever du Trône de Glace, enfiler le Casque de Domination, et réveiller une armée de morts.
Le contraste entre la tendresse du texte et l'horreur de ce qu'on voit est absolument dévastateur. Le père parle d'un prince qui devait sauver son peuple. Le fils lève une armée de fléaux pour le détruire. Et quand le dragon de givre Sindragosa explose à travers la glace, la musique de Russell Brower atteint un crescendo qui vous colle au siège.
En VF, la narration de Terenas est impeccable. Chaque mot pèse. C'est trois minutes de cinéma pur, réalisées par une équipe de quelques dizaines de personnes chez Blizzard, qui mettent à genoux la moitié d'Hollywood. Si vous n'avez jamais joué à WoW et que vous ne devez regarder qu'une seule chose, c'est celle-ci.
Mention spéciale : Battle for Azeroth (2018)
La cinématique de Battle for Azeroth aurait pu être dans le top. Sylvanas qui hurle « Pour la Horde ! » devant les ruines de Lordaeron, Anduin qui lance une résurrection de masse sur le champ de bataille, Saurfang qui charge seul... C'est spectaculaire. Mais elle souffre d'un défaut : elle promet une extension que le jeu n'a jamais vraiment livrée. La cinématique était meilleure que le contenu qui a suivi. Et ça, Blizzard en a fait une habitude.
Les cinématiques de World of Warcraft sont, depuis vingt ans, la meilleure publicité du jeu. Elles nous rappellent pourquoi on a aimé cet univers, pourquoi on y est resté, et pourquoi on continue d'espérer que quelqu'un, un jour, rendra justice à ce lore au cinéma. En attendant, il nous reste ces trois minutes de magie avant chaque extension. C'est déjà pas mal...




