Megalopolis : le rêve brisé d'une utopie

Le titan du cinéma, Monsieur Francis Ford Coppola, s’apprête à tourner un nouveau film en Italie intitulé Glimpses of the Moon. L’occasion de disserter sur l’énorme plantage de Megalopolis, son dernier film. Et ça me fait mal d’écrire ces lignes tant je croyais au projet. En tant qu'adorateur de la thématique du monde utopique et imaginaire, je me suis réjoui de voir que ce bon vieux Francis travaillait depuis au moins vingt ans sur Megalopolis.
Une ville du futur, utopique, œuvre d’un rêveur appelé César Catilina (Adam Driver), déterminé à offrir une cité où tout le monde peut rêver, ce que n’aime pas trop le patriarche Franklin Cicero (Giancarlo Esposito). S’ensuit alors une petite guerre morale sur fond de ce qui est bien ou mal, moral ou immoral. On va être honnêtes deux secondes : c’était vraiment pas bien, même affreux. En dépit d’une poignée de scènes marquantes, Francis aurait pu signer un grand film s’il avait exploité le vrai potentiel de son histoire (la première confrontation Catilina-Cicero et la scène de dialogue méta-diégétique de milieu de film, par exemple).
Un désastre industriel à 75 millions de dollars

Tout le reste est à jeter à la poubelle : les effets spéciaux, la longue scène nulle dans l’amphithéâtre romain qui ne sert à rien ou encore le surjeu quasi constant de Shia LaBeouf. Maintenant, d’un point de vue pognon, Megalopolis a coûté entre 120 et 136 millions de dollars à Francis, qui a tout payé de sa poche pour avoir une vraie liberté créative sur le produit. Aucune intervention extérieure puisque Lionsgate a simplement distribué le film sans engager de deniers.
Résultat des courses : 7 millions de dollars aux États-Unis et 6 millions à l’international, pour un total avoisinant les 14 millions à l’échelle mondiale. Deadline a estimé la perte sèche du film (et pour son réalisateur) à environ 75,5 millions de dollars.
Polémiques et avenir : Glimpses of the Moon

Un gros massacre au box-office pour plusieurs raisons : un bouche-à-oreille cataclysmique (D+ sur CinemaScore) et surtout une polémique marquante lors de la campagne de promotion où Lionsgate avait utilisé de fausses citations de critiques qui dézinguaient le cinéma de Coppola. Rappelons que Francis avait vendu une large partie de son domaine viticole pour financer Megalopolis et qu’il n’a aujourd’hui — aux dernières nouvelles — plus aucune marge de manœuvre pour autofinancer d'autres projets.
Il pourra néanmoins récupérer encore des sous grâce à la très longue exploitation de son film (comme ses précédents d’ailleurs), mais risque d’avoir besoin de très nombreuses années pour garnir de nouveau sa trésorerie. En attendant, Glimpses of the Moon est présenté comme une « étrange comédie musicale dans le style des années 30 » avec un budget cent fois plus modeste que Megalopolis. Rendez-vous dans quelques années. On vous invite également à voir Megalopolis qui reste un cas d’école rare dans le cinéma d’auteur et qui sera sûrement un petit truc un peu loufoque qu’on ressortira du placard dans quelques années pour les écoles de cinéma.
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