31e long-métrage du DC Universe Animated Original Movies d’une durée de 1 h 17, Gotham by Gaslight est réalisé par Sam Liu, prolifique réalisateur de Superman/Batman : Public Enemies, Justice League : Crisis on two Earths, Planet Hulk, All-Star Superman, Batman Year One, The Killing Joke ou encore et le navrant Batman and Harley Quinn. Nous devons la réécriture du scénario à Jim Krieg, qui a officié sur la série animée Spider-Man de 1995, Ben 10, Batman : L’alliance des héros, la série animée Green Lantern et Flashpoint Paradox.

Le film s’ouvre sur d’authentiques plans de Gotham eu XIXe siècle, entre brume, vapeur de locomotive, tenues vestimentaires de l’époque et lampadaires à gaz, pour nous emmener ensuite dans un petit cabaret nommé « Gotham Gaiety Girls ». Sur scène, une performeuse du nom de... Ivy. À seulement 1 minute 15 de visionnage, la mention R-Rated du film d’animation se justifie face à la danse d’une Ivy se dénudant progressivement et à la réplique de l’animateur s’adressant au public masculin « Oserez-vous goûter son fruit défendu ? » À la fin du show, la jeune femme quitte le cabaret afin de rentrer chez elle, n’ayant d’autre choix que d’emprunter les sinistres ruelles aussi brumeuses que crasseuses. C’est alors qu’elle croise l’antagoniste du film, qui n’est autre que Jack L’Éventreur bien entendu, à l’instar du récit d’origine. Triste fin pour Ivy, mais heureux commencement pour le spectateur agréablement surpris, surtout s’il a lu le graphic novel. En seulement 3 minutes, nous assistons à un récit totalement remanié, avec l’utilisation d’autres personnages de l’univers de Batman, bien sûr réécrit, comme ce fut le cas pour Poison Ivy, mais aussi pour trois autres personnages dans la scène suivante. Afin de ne pas vous gâcher le plaisir du visionnage de cette adaptation, nous n’en dirons pas plus sur eux.
En revanche, dans cette séquence, nous pouvons souligner l’un des plus brillants clins d’œil qui n’ait jamais été fait à la première scène du Batman (1989) de Tim Burton. Des petits voyous menacent un couple, lorsque l’un d’eux prend peur. Le plus téméraire de la bande lui demande alors s’il a peur du noir. Le petit voyou lui fait comprendre qu’attaquer ce couple est peut-être une mauvaise idée, surtout après ce qui est arrivé à Johnny Gobs. Pour rappel, dans la première scène du long-métrage de Burton, deux petits malfrats s’en prenaient à un couple, volant leur portefeuille. Peu après, l’un des deux malfaiteurs prenait peur, son comparse lui demandait alors s’il avait le vertige. Le malfaiteur craintif répondait que oui, surtout après ce qui était arrivé à Johnny Gobs, brutalisé par Batman. Tout comme les premières semaines d’activité de Batman dans le film de Burton, Gotham by Gaslight fait du Chevalier Noir une légende urbaine et mystérieuse, d’autant plus à cette époque victorienne pleinement nourrie de superstitions.

C’est dans cette seconde séquence qu’apparaît le Batman du récit, suivi d’un violent affrontement entre lui et l’un des malfrats. Peu après, les cris d'Ivy se font entendre, forçant Batman à quitter les lieux pour venir en aide à la jeune femme. Contrairement au justicier, le public assiste alors à la continuité de la première scène, montrant le meurtre sanglant d'Ivy à travers les nombreux coups de poignard de Jack l’Éventreur. Le tueur disparaît dans la brume tandis que le Chevalier Noir arrive trop tard, constatant le corps de la jeune femme étendu au sol, baignant dans des litres de sang. Que ce soit au niveau du scénario, de la réalisation, de l’utilisation des couleurs sombres et âpres, des éléments et des détails de l’époque, Gotham by Gaslight se montre aussi dur qu’audacieux dès ces deux premières scènes.
Le scénario suit ensuite son cours, avec l’introduction de personnages absents du récit d’origine tels que Selina Kyle, Leslie Thompkins, Harvey Dent ou Harvey Bullock. La psychologie de ces personnages est l’un des points forts du film, en particulier celles de Selina et Leslie, permettant une touche de féminisme plus que bienvenue à cette époque de misogynie où les femmes n’avaient droit à aucune considération, interdite, par exemple, dans certains clubs exclusivement réservés aux hommes (sans parler de l’interdiction au droit de vote).

ALFRED : Vous testez encore votre théorie des empreintes digitales ? Vous savez, ce ne sera jamais reconnu comme preuve.
BRUCE : Il n’y a pas d’empreintes, juste quelques fibres dans la fermeture. Si je pouvais trouver le vêtement.
ALFRED : Cela devra attendre. J’ai sorti votre costume de deuil.
BRUCE : Je ferais mon deuil à ma façon.
ALFRED : La revanche.
BRUCE : Son sang le réclame.
ALFRED : Vraiment, Monsieur ? Bien-aimés, ne vous vengez pas vous-mêmes. À moi la vengeance, à moi la rétribution, dit le Seigneur.
BRUCE : Je travaille mieux ainsi, Alfred.

Le côté détective de Bruce Wayne est intelligemment utilisé, tout comme la relation de son alter ego avec Gordon. Concernant les dialogues, ils débordent d’authenticité, permettant des relations fort développées, en particulier entre Bruce et Selina. Parmi les adaptations audiovisuelles, nous avons rarement vu leur relation aussi complexe et intéressante.
La réalisation de Sam Liu est propre et authentique, tout comme l’utilisation des couleurs dont les différentes teintes de jaune et d’orange provenant de diverses sources d’éclairage permettent un puissant contraste avec les autres tons plus sombres tout en instaurant continuellement l’ambiance particulière du contexte et de l’époque.
La composition musicale de Frederik Wiedmann (Flashpoint Paradox, Le fils de Batman, Batman vs Robin, Batman : Bad Blood) se mêle parfaitement au récit, bien que nous aurions apprécié une dimension plus classique et symphonique concernant l’exposition universelle.
Mention au doublage original de qualité, en particulier Bruce Greenwood (Rambo, Passager 57, I, Robot, Truman Capote, I'm not there, Star Trek, The place beyond the pines, The Post) qui avait déjà doublé le Chevalier Noir dans Batman : Under the Red Hood et Young Justice, ainsi que Jennifer Carpenter (L’Exorcisme d’Emily Rose, Faster, Dexter, Limitless), qui livre ici une excellente interprétation du personnage de Selina Kyle.

9/10




