Dixième ou onzième visionnage à la maison, on ne tient plus le compte. HIMYM n'est pas parfaite, la saison 7 traîne en longueur et la mère est clairement sous-exploitée, la fin est bâclée, c'est vrai. Mais sur la façon dont on perd ses vingt ans sans s'en rendre compte, la série a été bien plus honnête que presque tout ce qui a pu suivre dans les années 2010.
New York comme promesse

La série a été tournée en studio à Los Angeles, mais elle parle de New York comme peu de séries y sont parvenues depuis Friends. Le MacLaren's Pub, l'appartement de Ted au-dessus du bar, les rues sous la voix off de Bob Saget, tout ça construit une géographie affective et non une fidélité propre à une vraie carte.
Ce New York des années 2000 sonne irréel en comparaison à aujourd'hui : les loyers improbables, les soirées qui s'étendent jusqu'à l'aube sans que personne ne soit épuisé le lendemain, la légèreté d'une époque avant les smartphones et leur omniprésence désocialisante. HIMYM a capturé ça, peut-être même sans le chercher, loin d'imaginer le futur qu'est aujourd'hui à notre porte.
L'humour qui résiste
Il y a des séries comiques de la même période qui ont très mal vieilli. HIMYM s'en sort mieux, avec nuances. Les blagues de Barney sur les femmes font grincer les dents en 2026, mais elles rappellent à quel point l'humour pouvait être secondaire entre amis et bien à l'abri de toute polémique desservant aujourd'hui l'influence et l'audience plus que le traitement même du fond du problème (la vache cette phrase est lourde, mais on la garde).
Le reste tient, sans sourciller, entre le running gag sur la cloche de honte, les flashbacks absurdes, les théories de Ted sur l'amour, tout ça reste drôle au dixième visionnage parce que la structure des gags est solide.

Marshall et Lily restent l'un des couples les plus sains que la fiction américaine ait produit dans ce format. Deux personnes qui s'aiment depuis l'adolescence et continuent à se choisir, sans drame artificiel pour gonfler les saisons. Dans un genre qui vit de la tension romantique non résolue, c'est presque subversif.
Le message
On réduit souvent HIMYM à l'histoire de comment Ted rencontre la mère de ses enfants, c'est pourtant bien plus que ça, et heureusement. La série raconte la fin d'une certaine jeunesse, ce moment où les amis d'appartement deviennent des parents, où les soirées spontanées se raréfient, où les carrières commencent à peser sur les amitiés. Parmi les œuvres pop des années 2000-2010 qui ont traversé le temps, rares sont celles qui parlent aussi directement de ce basculement.

On la revoit pour ça, non pas pour connaître qui sera l'heureuse élue, la fin reste un sujet sensible, mais pour retrouver ce sentiment particulier de regarder des gens naviguer dans les mêmes eaux troubles que nous. Le manque de direction de Ted, les compromis de Lily entre ambition et vie de famille, l'incapacité de Barney à reconnaître ce qu'il veut vraiment.
Tout ça résonne différemment selon où on l'on se situe sa propre vie, d'où les dix revisionnages.
La fin, le vrai problème

Après neuf saisons passées à promettre Tracy McConnell comme la figure centrale de toute la série, la mère n'apparaît vraiment que sur une poignée d'épisodes, trois, quatre tout au plus. Le reste, c'est de la construction hors-champ. Et le final le liquide en quelques minutes pour permettre à Ted de finir ses jours avec Robin, une décision écrite des années avant diffusion qui contredit thématiquement tout ce que la série avait construit.
Le personnage de Tracy méritait mieux et la série sans doute aussi. À une époque où les séries cultes se voient offrir des secondes chances, HIMYM reste le contre-exemple parfait d'un show qui a gâché la sienne tout seul.
Il existe une version alternative montée par des fans, qui s'arrête au moment où Ted rencontre Tracy sous la pluie, mais la vérité est autre, les scénaristes nous montrent qu'on cherche parfois une vie entière ce que l'on a déjà à portée de mains, sous nos yeux, on veut toujours plus mais ce qui nous rend vraiment heureux, on la peut-être déjà.
Pourquoi elle résiste

HIMYM n'est pas parfaite. La saison 7 est creuse, la mère sous-exploitée, la fin bâclée. Et pourtant elle vieillit bien mieux que la plupart de ses contemporaines parce qu'elle a ce petit truck que la plupart des séries de sa génération ont conservé, cette sincérité dans ce qu'elle raconte de l'amitié et le passage à l'âge adulte.
La même sincérité qui fait qu'une série peut continuer de fonctionner des années après son lancement dès lors qu'elle renvoie à notre propre humanité, à nos vies. De New York à Paris, de Paris à Genève, on a tous ces amis et ces tavernes dans lesquelles on a descendu bien des pintes avec la même team.
On la regardera probablement une douzième fois.
