Dans le numéro 27 de LOVE, en kiosque depuis le 5 octobre, Rupert Humphries, vice-président chargé de la narration chez Rockstar Games, explique que GTA 6 évitera toute référence directe à la politique réelle. « Nous ne voulons pas être trop précis sur une personne, un événement ou un mouvement en particulier », dit-il. La série caricature l'Amérique depuis GTA III avec ses propres politiciens de fiction, mais ses deux derniers épisodes collaient aux débats de leur époque, dont GTA 6 s'écarte par principe.
Le dossier, dont nous avions présenté la couverture de LOVE la semaine dernière, donne aussi la parole aux scénaristes Alexa D'Agostino et Elizabeth Gauvey-Kern ainsi qu'à Rob Nelson, codirecteur de Rockstar North. VGC, qui a relayé l'entretien, en retient surtout le passage sur la politique. Humphries y rappelle que GTA IV, situé dans un New York de l'après-11-Septembre, traitait de front la sécurité intérieure et le Patriot Act, des sujets incontournables dans la ville à l'époque. Il ne cite pas GTA V, qui faisait pourtant torturer un suspect pour le compte d'un FBI de fiction, dans une mission qui renvoyait sans détour aux débats américains sur la torture.
Des panneaux électoraux et des appels de campagne, mais aucun nom

Humphries cite pourtant, pour Leonida, des pancartes de candidats, des appels automatisés, des publicités radio et des talk-shows politiques, tous poussés jusqu'à devenir « satiriques, plus grands que nature et plus grotesques ». Rockstar justifie sa règle par ses délais de fabrication. Treize ans séparent GTA V de GTA 6, dont la sortie est fixée au 19 novembre, si bien qu'une blague collée à une controverse passagère risquerait de paraître périmée dès le lancement.
L'argument n'est pas neuf. Dès 2018, Dan Houser, coscénariste de la série depuis GTA III, confiait à GQ qu'une partie de ce qu'il voyait de la politique américaine était « tout simplement au-delà de la satire » et serait « dépassé en deux minutes ». Il a quitté Rockstar en 2020. Humphries reprend aujourd'hui le même constat pour en faire une règle d'écriture.
Il s'attarde davantage sur les voix de Leonida. Une équipe de Los Angeles écrit les répliques des passants, à laquelle s'ajoutent des auteurs de publicité et de comédie installés à New York, Los Angeles et Londres. Pour lui, ce travail n'a rien d'un bruit de fond. Pour Alexa D'Agostino, Lucia peut « tenir la comparaison avec Arthur Morgan et Niko Bellic », deux des héros les plus aboutis du studio.
Cette prudence arrange aussi Rockstar au moment de vendre GTA 6. Le jeu caricature un État inspiré de la Floride de Ron DeSantis et de Mar-a-Lago, alors que Rockstar verse, selon la presse américaine, 975 000 dollars au comté de Miami-Dade pour un panneau géant. Le Miami Heat jouera même un soir sous le nom de Vice City. Le studio ne s'interdit ni la drogue ni le sexe, que la fiche PEGI détaillait avant d'être retirée. Les seules cibles qu'il refuse de nommer sont les personnes, les événements et les mouvements bien réels.
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