Prime Video a mis en ligne d'un bloc, mercredi 7 octobre, les huit épisodes de Carrie, la série que Mike Flanagan tire du premier roman de Stephen King. Publié en 1974, le livre a déjà donné le film de Brian De Palma avec Sissy Spacek (1976), un téléfilm en 2002 puis le remake de Kimberly Peirce avec Chloë Grace Moretz (2013). Cette quatrième adaptation est la première à s'étirer sur huit heures, pour un roman d'à peine 200 pages.
Flanagan a écrit la série, en est le showrunner et réalise les deux premiers et les deux derniers épisodes. Il confie les quatre autres à Kate Siegel, présente dans toutes ses séries, Axelle Carolyn, Kyra Sedgwick et Hiromi Kamata. Stephen King et Trevor Macy, associé de longue date de Flanagan, sont producteurs exécutifs. Le cinéaste avait déjà adapté King avec Jessie, Doctor Sleep et La Vie de Chuck, que nous avions sacré film de l'année 2025. L'écrivain a écrit sur Threads, à la mi-septembre : « La version de Carrie de Mike Flanagan est brillante. Ce qu'elle dit des réseaux sociaux est choquant et vrai. »
Une Carrie élevée à l'écart, lâchée dans un lycée sous détecteurs de métaux

Flanagan transpose l'histoire dans l'Amérique d'aujourd'hui. Summer H. Howell, choisie parmi plus de 1 400 candidates, joue Carrie White, qui a grandi cloîtrée chez elle, au point que l'administration ignorait son existence jusqu'à la mort de son père, Ralph, dans un accident du travail. Sa mère doit alors trouver un emploi, si bien que l'adolescente fait sa première rentrée dans un lycée public, avec ses portiques de détection, ses exercices d'alerte en cas de fusillade et une affaire de harcèlement qui devient virale. Les épisodes portent des noms de matières, de First Period (qui désigne aussi, en anglais, les premières règles, point de départ du roman) à AP Physics.
Les personnages du livre sont tous là : Sue Snell (Siena Agudong), Chris Hargensen (Alison Thornton), Tommy Ross (Joel Oulette), Billy Nolan (Arthur Conti), la professeure de sport Miss Desjardin (Amber Midthunder) et le principal Grayle, que joue Matthew Lillard. Flanagan ajoute Emaline (Thalia Dudek), une amie que King n'avait pas donnée à Carrie, puis élargit la mythologie des pouvoirs au-delà de la seule héroïne. Il garde la scène des douches comme le bal de promo, mais a prévenu que celui-ci ne se déroulerait pas comme dans le livre.
Samantha Sloyan, une Margaret White qui aime sa fille

Le changement le plus net concerne la mère. La fanatique tyrannique du roman, que Piper Laurie rendait terrifiante chez De Palma, devient une femme qui aime et protège sa fille, méfiante envers l'État. Flanagan a écrit le rôle pour Samantha Sloyan, la Bev Keane de Midnight Mass. Pour Amelia Emberwing (TheWrap), ce qui a été adouci rend sa cruauté plus effrayante encore ; elle voit dans le jeu de Sloyan « la meilleure performance de sa carrière ». « Elle n'est plus seulement le monstre de l'histoire », écrit Julie Hay sur Journal du Geek.
Summer H. Howell fait presque l'unanimité. Chris Evangelista, le critique de Slashfilm, plutôt sévère avec la série (6/10), estime qu'elle « tient grâce au seul talent de sa vedette », dont la Carrie est « naturellement attachante et presque douloureusement douce ».
La critique suit Flanagan jusqu'au bal, beaucoup moins dans ses ajouts
Au 8 octobre, la série affiche 84 % de critiques positives sur Rotten Tomatoes (86 avis) et 73/100 sur Metacritic, où aucune des 30 critiques recensées n'est négative. Le consensus de Rotten Tomatoes salue une adaptation qui « élargit avec justesse ce mythe adolescent, avec plus de compassion et d'ingéniosité ».
Les réserves visent la durée et les ajouts. Michael Cook (Geek Vibes Nation, 7/10) juge que ce format « profite aux personnages et aux thèmes » mais « freine nettement l'élan du récit », au point que « ce qui était un récit d'horreur tendu paraît désormais bien plus moyen ». Katie Rife, pour Inverse, trouve la série excellente tant qu'elle s'en tient à Carrie, les éléments nouveaux étant selon elle « là où la Carrie de Flanagan se trompe ». Daniel Fienberg (The Hollywood Reporter), le plus déçu, salue le jeu de Howell mais juge la série beaucoup moins effrayante qu'elle ne devrait l'être et la rapproche de 13 Reasons Why bien plus que du roman. En France, Julie Hay (7/10) regrette qu'« à trop vouloir élargir son horizon, il sacrifie l'impact et le rythme de son récit », quand Catherine Rochon, pour L'Éclaireur Fnac, relève « quelques libertés narratives inutiles » tout en notant que la scène du bal « reste glaçante ». Plusieurs critiques, dont celle de Slashfilm, voient la série se perdre dans son dernier tiers, autour d'un changement majeur.
Carrie vise d'abord le public de The Haunting of Hill House, de Midnight Mass et de La Chute de la maison Usher, qui retrouvera la troupe de Flanagan (Kate Siegel, Rahul Kohli, Samantha Sloyan) et son goût du drame familial plus que de l'effroi. Ben Travers, d'IndieWire, la situe d'ailleurs « plus près de The Midnight Club que de Midnight Mass » dans l'œuvre du showrunner. Qui attend le choc du bal de 1976 risque d'être déçu. Les autres pourront enchaîner avec Doctor Sleep, que Netflix ajoute à son catalogue le 15 octobre, puis avec Clayface, dont Flanagan a coécrit le scénario.



