Sorti le 23 octobre 2026, Call of Duty: Modern Warfare 4 avait une mission assez simple sur le papier: redorer le blason d'une licence qui peine à se renouveler.
Presque deux semaines plus tard, Infinity Ward peut se féliciter d'avoir reconquis une bonne partie de la presse et des amateurs de campagnes solo. Pour le multijoueur, en revanche, l'enthousiasme est nettement moins unanime. Entre matchmaking contesté, problèmes de spawns et accusations de bannissements injustifiés liés à Ricochet, le retour à la réalité est un peu plus brutal. Décryptage.
Des notes presse très solides, des joueurs moins enthousiastes
Sur le papier, Modern Warfare 4 réalise un excellent lancement critique. Le jeu tourne autour de 85/100 sur Metacritic et OpenCritic, ce qui le place parmi les Call of Duty les mieux accueillis depuis plusieurs années.

Game Informer lui attribue 8,5/10, GamesRadar+ monte à 4,5/5 et GameSpot lui accorde 8/10. Tout le monde n'est pas aussi emballé: Push Square se contente d'un 7/10, pointant notamment un multijoueur trop conventionnel.
Chez les joueurs, le tableau est plus contrasté. Au 4 novembre, Steam affiche environ 72 % d'évaluations positives parmi plus de 5 800 avis en anglais. Une réception globalement favorable, mais qui cache une évolution assez révélatrice.
Selon une analyse des évaluations Steam, 90 % des avis publiés entre le 16 et le 22 octobre étaient positifs, pendant la période d'accès anticipé à la campagne puis à DMZ. Entre le lancement complet du 23 octobre et le 1er novembre, cette proportion tombe à 58 %.
Ces chiffres ne constituent pas des notes distinctes pour chaque mode, mais la tendance est difficile à ignorer.
Une campagne solo qui réconcilie les joueurs avec Call of Duty
C'est probablement la meilleure surprise de cet épisode. La campagne de Modern Warfare 4 fait presque l'unanimité, aussi bien chez les journalistes que chez les joueurs.
Avec ses 16 missions, sa mise en scène spectaculaire et son intrigue partagée entre le conflit coréen et les dernières aventures du capitaine Price, Infinity Ward retrouve ce qui faisait la force de ses meilleures productions. Une campagne d'environ six à huit heures - toujours trop courte - mais qui semble enfin avoir autre chose à proposer qu'une succession d'explosions et de cinématiques.

Les joueurs saluent particulièrement la variété des missions, les sensations de tir, l'ambiance sonore et la conclusion de l'histoire. Plusieurs la comparent favorablement à celle de Modern Warfare (2019).
Le mode DMZ, qui reprend le principe de l'extraction shooter avec davantage de profondeur et de progression, reçoit également des retours encourageants. Il constitue même, pour certains critiques, l'une des meilleures raisons de rester sur le jeu après le générique.
Bref, sur ces deux aspects, Call of Duty semble avoir retrouvé quelques couleurs. Mais de là à dire que 8h de solo et un extraction-shooter vaut 80€... on n'ira pas jusque là.
Le multijoueur, toujours aussi efficace… et toujours aussi frustrant
Le multijoueur de MW4 conserve ses qualités habituelles: gunplay particulièrement soigné, armes convaincantes, mouvements fluides et affrontements nerveux. Certains apprécient également le retour à un gameplay plus posé, ainsi que les nouveaux modes proposés.
Mais les critiques se concentrent sur trois points: le matchmaking basé sur le niveau des joueurs (SBMM), les réapparitions mal calibrées et le choix des cartes.
Les parties jugées trop compétitives reviennent régulièrement dans les discussions. De nombreux joueurs reprochent au matchmaking de transformer chaque lobby public en finale de championnat du monde. Quant aux spawns, ils permettent encore quelques morts particulièrement absurdes, parfois quelques secondes seulement après une réapparition.

Le compte spécialisé CharlieIntel avait d'ailleurs résumé assez sévèrement les premières impressions, critiquant les cartes, les spawns et un SBMM jugé excessif.
Tout n'est cependant pas noir. La presse se montre nettement plus positive sur les mécaniques de jeu, et certains testeurs apprécient justement les nouvelles cartes. Le problème semble moins venir des sensations de tir que de l'expérience globale des parties.
Infinity Ward a reconnu les critiques autour du matchmaking. Dans un entretien relayé par VICE, Joe Cecot, directeur du multijoueur, explique que le matchmaking parfait n'existe probablement pas et que le studio surveille les données comme les retours des joueurs. Pas de promesse, en revanche, concernant la suppression du SBMM.
Ricochet: quand l'anti-triche devient lui-même un problème
Autre sujet particulièrement sensible : RICOCHET Anti-Cheat, le système chargé de protéger les parties contre les tricheurs.
Depuis le lancement, plusieurs joueurs ont signalé sur Reddit des bannissements qu'ils estiment injustifiés, parfois dès leurs premières sessions. Certains évoquent des sanctions pour boosting ou utilisation de logiciels non autorisés, sans comprendre ce qui aurait déclenché la détection.
Ces témoignages doivent néanmoins être pris avec précaution: impossible, à ce stade, de confirmer individuellement leur légitimité ou leur bonne foi.
Reste qu'un précédent bien réel existe. Pendant la bêta de MW4, Matthew « FormaL » Piper, ancien champion du monde de Call of Duty, a été banni définitivement en pleine partie. L'équipe Ricochet a ensuite reconnu une erreur liée au chevauchement de plusieurs détections, annulé sa sanction et annoncé avoir corrigé le problème. Difficile de trouver meilleure démonstration qu'un anti-triche peut aussi se tromper.

Sur PC, une autre difficulté s'ajoute: les exigences de sécurité imposées par Activision. Modern Warfare 4 nécessite TPM 2.0 et Secure Boot pour accéder aux modes en ligne. Certaines machines rencontrent des erreurs d'attestation, y compris lorsque ces fonctions semblent activées, notamment en raison de problèmes de firmware ou de BIOS.
Attention toutefois à ne pas tout mélanger: un échec d'attestation qui empêche de jouer n'est pas un bannissement Ricochet. Activision reconnaît ces difficultés de configuration et propose un outil officiel de diagnostic, après être allé trifouiller dans son BIOS. Mais ça fait quand même beaucoup de manip' pour aller se faire bolosser en multijoueur.
De son côté, Activision affirme que les signalements de triche ont diminué par rapport au lancement précédent. Une communication encourageante, mais sans statistiques détaillées permettant de vérifier l'ampleur de cette amélioration.
Une fréquentation honorable, mais pas de raz-de-marée
Sur Steam, le lancement de MW4 a permis à l'application Call of Duty d'atteindre environ 227 000 joueurs simultanés lors de son premier week-end.
Un chiffre solide, mais à relativiser: les statistiques de Call of Duty HQ regroupent plusieurs titres, dont Warzone. Impossible donc d'en déduire le nombre exact de joueurs présents uniquement sur Modern Warfare 4.

Les premières comparaisons suggèrent également un lancement moins fréquenté que celui de Black Ops 6 sur Steam. Le contexte a toutefois changé, notamment avec l'absence de MW4 dans le Game Pass dès sa sortie, qui n'a pas aidé l'affluence à venir concurrencer les autres titres. Activision n'a pas encore communiqué de bilan global permettant de mesurer précisément la fréquentation ou les ventes du jeu.
Infinity Ward, de son côté, multiplie les correctifs. Les mises à jour publiées jusqu'au 2 novembre ont déjà ciblé la stabilité, l'équilibrage des armes et certains problèmes de réapparition. Le studio assure poursuivre son travail à partir des retours de la communauté.
Un bon Call of Duty, mais un multijoueur qui doit convaincre
Bientôt quinze jours après sa sortie, Modern Warfare 4 affiche un bilan paradoxal. La campagne a réussi son retour, DMZ possède de sérieux arguments et les sensations de tir restent une valeur sûre. Mais le multijoueur, pourtant essentiel à la longévité du titre, n'a pas encore convaincu tout le monde.
Quant à Ricochet, son efficacité contre les tricheurs ne doit pas faire oublier la nécessité d'éviter les sanctions injustifiées et les blocages techniques.
Infinity Ward a clairement réussi une partie de son pari. Reste maintenant à savoir si les prochains correctifs permettront de réconcilier les joueurs avec le multijoueur. Parce qu'une bonne campagne, c'est appréciable. Mais sur Call of Duty, ce sont surtout les lobbies qui décident hélas si l'on reste trois semaines ou trois mois...




