L'art de l'angoisse psychologique contre la dictature du sursaut

Pour beaucoup, les films d’horreur sont souvent gâchés par les jumpscares. Vous savez, ce sont ces procédés horripilants où vous êtes tranquilles dans votre fauteuil, il y a un joli silence et PAF : une entité démoniaque bondit sur vous en hurlant. Les films Blumhouse en regorgent, c’est le truc le plus utilisé dans les Insidious, Sinister ou Conjuring qui en abusent très souvent. Par exemple, le Annabelle 2 : La Création du mal de David F. Sandberg (2017) comporte 23 jumpscares répertoriés par le site Where The Jump.
Pour autant, je fais partie de l’école qui consisterait à dire qu’on peut faire d’excellents films sans abuser des jumpscares. Le long-métrage It Follows de David Robert Mitchell (2014) en est pour moi le meilleur exemple. Et cette volonté de faire autrement, beaucoup de cinéastes l’ont comprise. Faire sursauter c’est bien, ça crée une réaction de frousse immédiate chez le spectateur. C’est important de le faire — mais avec parcimonie.
Dans Obsession de Curry Barker, l’horreur vient d’autres façons de faire : l’angoisse, la montée progressive du malaise, les réactions imprévisibles de Nikki — “l’antagoniste” féminine possédée. Malgré tout, il y a quelques sursauts, surtout présents à travers les cris du personnage et ses mouvements incontrôlables. Obsession utilise également un seul jumpscare d’envergure, pour nous surprendre, le tout couplé à un son stéréo volontairement fort et agressif.
Le baromètre des sursauts pour la plongée dans les Backrooms

Il y a ensuite eu le second film qui buzze en ce moment : Backrooms de Kane Parsons. L’adaptation de la creepypasta moderne promet un enfer liminal, claustrophobe et oppressant. Un long-métrage très intrigant sur le papier qui peut faire hésiter les non-amateurs de jumpscares. Profitez-en, je suis là pour vous spoiler. Grâce à moi, et comme je l’ai fait précédemment pour Primate, vous allez savoir si c’est safe d’un point de vue sursauts ou si vous allez décoller de votre siège comme une fusée de chez SpaceX.
Rassurez-vous, Backrooms, dans toutes les critiques (je publierai la mienne samedi ou dimanche), est considéré comme un film d’horreur psychologique, jouant sur le malaise et l’oppression, loin des jumpscares classiques. Le site DoesTheDogDie? en dénombre quelques-uns que voici — et on les recoupe avec les quelques scènes ayant fuité sur les réseaux :
Le film commence par une séquence “amateur” dans les Backrooms, tournée en found-footage. On y voit déjà une mouette qui arrive en poussant un cri strident. Peu après, elle s'envole du sol avec un autre cri. Ce jumpscare est dans la majeure partie des bandes-annonces. Notons que le personnage en vue subjective s’enfuit, arrive dans un cul-de-sac, fait demi-tour et tombe sur une entité des Backrooms avant de clore la séquence d’ouverture. L’arrivée de la créature est surprenante mais la caméra a un moment de recul tellement intense qu’on n’a pas le temps de voir clairement la créature et d’avoir peur — il ne semble pas y avoir d’effets sonores non plus. Attention donc à la mouette.
Lors d'un flashback d'enfance de l'un des personnages principaux, on la voit regarder par la fenêtre avant que sa mère ne l'appelle soudainement à haute voix, accompagnée d'un cri. De quoi faire sursauter. Les extraits parlent également d’une fameuse pièce au sapin de Noël dans les Backrooms, mais la frousse semble monter crescendo ici et pas avec un pic de sursaut.
Enfin, lors du final, le personnage campé par Renate Reinsve est poursuivi par l’entité. Elle tombe au sol et des extincteurs allument une fumée épaisse. Lorsqu’elle reprend peu à peu connaissance, la créature se révèle être sur elle dans un bruit strident.
De fait, on dénombrerait trois jumpscares assez modérés dans ce film Backrooms, qui ne semble pas réellement calibré pour user ce procédé jusqu’à sa racine. Et c’est plutôt une bonne nouvelle. Vous voilà maintenant rassurés, donc rendez-vous au cinéma dès le 17 juin 2026.
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