Où est passé John Boyega ?
Annoncé dans certains projets qui disparaissent ensuite de la circulation, mis sur un promontoire après son passage dans l’univers Star Wars, il a pris la lumière sans vraiment l’avoir demandé lors de l’affaire médiatique entourant la mort de George Floyd en 2020, devenant l’une des voix les plus visibles du mouvement Black Lives Matter.
Comme il lui fallait flageller la main qui le nourrit pour monter en notoriété, il a cassé les pieds de Disney, s’insurgeant contre son rôle de Finn dans la postlogie entre 2015 et 2019. Et comme son personnage, tout comme son acting, n’ont jamais vraiment été portés jusqu’au bout par les films, personne ne l’a vraiment suivi dans sa guerre, et il a fini par arrondir les angles.
Depuis, enfin plutôt au milieu de cette période, il a fait The Circle avec Emma Watson et Tom Hanks.
En même temps, on ne peut pas s’empêcher de le comprendre un peu, le bougre. Dans le tout premier teaser de Star Wars : Le Réveil de la Force, il tient un sabre laser et fait face à Kylo Ren. Mais l’élu, ce n’était pas lui.
Dans Les Derniers Jedi, il passe tout le film dans une sous-intrigue qui n’intéresse personne avec Rose (Kelly Marie Tran) pour neutraliser un traqueur situé sur le vaisseau du Premier Ordre. Et oui, souvenez-vous donc : quasiment toute une partie de l’intrigue pour les rebelles de Star Wars 8 consistait à les voir fuir un vaisseau du Premier Ordre qui a attendu tout le film pour les abattre, comme un chat regardant une souris agoniser. C’est le bon résumé de cette postlogie : ça ne racontait rien, en plus du fait d’être nul.
Dans L’Ascension de Skywalker, Finn est devenu un PNJ qui crie “Rey !” dès qu’il voit sa copine Jedi dans des situations explosives. Et je pense que c’est là que John Boyega avait choisi de s’insurger, puisqu’il avait compris qu’il ne servait à rien.
Un Finn sacrifié et une carrière devenue plus floue

Après Star Wars, il a tenté autre chose. Detroit de Kathryn Bigelow. Breaking, dans lequel il incarne un ancien Marine broyé par le système. The Woman King, où il joue King Ghezo face à Viola Davis. They Cloned Tyrone, petite bombe de satire SF avec Jamie Foxx et Teyonah Parris.
Mais le problème est simple : la visibilité. Dans The Woman King, il fait pâle figure face à Viola Davis. They Cloned Tyrone est un film Netflix cool, mais anecdotique dans cet énorme catalogue. En plus de cela, personne ne retient vraiment John Boyega pour son jeu d’acteur, tout simplement parce qu’il semble rarement réussir à imposer une vraie signature. Tout est souvent bruyant, trop excessif, trop similaire, et le comédien donne parfois l’impression de ne jamais totalement comprendre les personnages qu’il joue.
Mais surtout, son activisme, non pas pour Black Lives Matter, mais contre Disney, a pu donner l’impression de lui coûter cher dans l’industrie. Voici une petite partie de la sulfateuse qu’il avait lancée contre le studio :
« Même si vous voulez faire abstraction de la race, d’un point de vue commercial, ne le faites pas, ne mettez pas en avant des acteurs noirs. Vous savez ce que ça nous fait ? Vous vous rappelez comment tout le monde était excité pour Black Panther ? On ne met pas un acteur noir au centre de sa promotion pour au final faire de la publicité mensongère. Vous ne le faites pas avec des acteurs blancs, jamais. Ne pensez pas que tout le monde peut être mis en avant. Les noirs et les blancs sont excités et au final, les noirs ne sont à l’écran que cinq minutes. Soit ils meurent au début, soit ils sont cantonnés au rôle du meilleur ami. J’en ai fini avec Finn. Je pense qu’à ce stade, Finn pourrait être apprécié dans d’autres formats comme des jeux ou des séries animées. Mais les épisodes VII à IX m’ont suffi. »
Et puis, comme il s’est rendu compte, à raison ou non, qu’il ne parvenait plus à retrouver une trajectoire aussi visible, il a dit pardon en s’asseyant bien lourdement sur ses convictions :
« Pour moi, Star Wars a fait l’homme que je suis d’une certaine manière. L’expérience, les bons moments, les beaux moments, les mauvais moments, les moments hideux, c’est ce qui vous construit à mesure que vous évoluez dans l’industrie. Et cela a assurément été intéressant. Je crois que je suis assez satisfait de ce que J. J. Abrams a essayé de faire pour conclure mon arc. Et depuis, j’ai pu profiter, en tant que fan, de The Mandalorian et Obi-Wan Kenobi. J’en profite mieux dorénavant. »
Des projets existent, mais le grand retour se fait attendre

Aujourd’hui, ses prises de parole controversées ont peut-être refroidi une partie de l’industrie. Il se murmurait la participation de Finn à Star Wars X par Sharmeen Obaid-Chinoy, mais le long-métrage est coincé dans l’enfer du développement, et le problème vient surtout de Disney, qui ne sait pas si faire ce Star Wars X est une bonne idée au vu du désamour d’une partie des fans pour la dernière trilogie.
Pour le reste : Attack the Block 2, suite du film de 2011, personne n’en parle vraiment, même si le projet continue d’exister dans un coin. Otis & Zelma, biopic où ce génial acteur doit interpréter Otis Redding ? Peu d’informations concrètes visibles pour le grand public. Il y a aussi un projet de série préquelle du Livre d’Eli, mais là encore, rien qui donne l’impression d’un retour massif au premier plan.
Parce que le constat est clair comme de l’eau de roche : personne ne semble vraiment vouloir parier gros sur John Boyega. Après sa cabale contre Disney, son retournement de veste pour retrouver une forme de paix avec Star Wars, ses attaques contre Hollywood en reprochant qu’ils ne mettent pas assez en valeur les minorités, et surtout après avoir à lui tout seul participé au naufrage de Pacific Rim Uprising avec son charisme légendaire, il n’a aucun projet massif et tangible à son crédit.
Attack the Block 2 et Otis & Zelma, face à l’absence totale d’intérêt médiatique pour ces deux projets, semblent plus destinés à une vie discrète qu’à une grande reconquête en salles, et peineront probablement à séduire massivement les distributeurs.
John Boyega est donc un acteur qui a disparu des radars depuis 2023, avec peu de projets visibles depuis. Mais en même temps, soyons honnêtes : est-ce qu’il manquait vraiment à quelqu’un ?





