Des dizaines de milliers d'internautes « taxent » en ce moment Laurent Lhardit, le député socialiste à l'origine de la taxe au gigaoctet, dans Taxe au Giga Simulator, un jeu de navigateur qui remplace le cookie géant de Cookie Clicker par un bouton « TAXER ! ». Chaque clic y ajoute une visite fictive sur le site de l'élu. Ses auteurs, Lamine Taguine et Élodie Jaeger, précisent que tout est simulé et qu'aucun fichier n'est réellement téléchargé, ni chez eux ni chez le député. Ils présentent le site comme une satire qui vise « un amendement et son auteur en tant qu'élu, pas la personne ».
Le jeu retient 86,7 Mo par visite, auxquels il applique le tarif de 5,5 centimes par gigaoctet voté par les députés, ce qui donne 0,00477 euro par clic et environ 210 clics pour un euro. L'amendement I-1358, qui toucherait notamment Netflix et Steam, a été adopté le 30 octobre par 11 voix contre 10 et 14 abstentions. Deux des onze voix favorables viennent d'élus LFI qui disent depuis s'être trompés de vote.
Un bouton « contre » qui s'enfuit et une facture de près de 600 milliards

Chaque visite rapporte des pièces à dépenser en bonus, du chat assis sur la touche F5 à la « commission à 11 contre 10 » qui vote des rallonges de visites. Le site vise aussi Éric Coquerel. Il invite le joueur à « faire comme Éric » et à voter contre la taxe, mais le bouton « contre » s'écarte dès que le curseur s'en approche. Un dernier bouton édite la facture en PDF, adressée à Laurent Lhardit et tamponnée « À PAYER ».
Ce mardi en fin de matinée, le compteur public du site affichait 39 431 « taxeurs », dont plus de 700 actifs dans les deux dernières minutes. Grâce aux clics automatiques achetés en bonus, ils ont simulé plus de 124 000 milliards de visites, soit une facture fictive d'environ 593 milliards d'euros. Les signataires de l'amendement attendent de la vraie taxe 10 milliards d'euros par an.
Robots, associations et vote solennel encore repoussé

Le mode « sérieux » du jeu part de 500 visiteurs humains par jour sur le site du député, soit environ un millier de visites une fois les robots comptés. Plus d'un tiers de ces visites vient de robots malveillants, selon la part du trafic web mondial mesurée par l'éditeur de cybersécurité Imperva. L'amendement adopté ne prévoit aucune exonération pour ce trafic automatique ni pour les associations. La manière de compter les volumes doit encore être fixée par décret. VideoLAN, l'association qui édite VLC, chiffre sa facture à plus d'un million d'euros par an. Laurent Lhardit lui a répondu sur X que la taxe est plafonnée (15 % du chiffre d'affaires réalisé en France ou 2 % du chiffre d'affaires mondial) et qu'elle ne s'appliquerait pas du tout dans son cas. Aucune réaction du député au jeu n'avait été relevée mardi midi.
Le vote solennel des députés sur la partie recettes du budget, prévu ce mardi 3 novembre, n'aura pas lieu à cette date. Selon LCP, 758 amendements restaient à examiner lundi soir. L'Assemblée a jusqu'au 17 novembre à minuit pour se prononcer sur l'ensemble du budget en première lecture. Si la partie recettes est rejetée, le Sénat examinera le texte initial du gouvernement, sans la taxe au gigaoctet.
Photos : TrisHR (Laurent Lhardit), PanierAvide (hémicycle) et Baidax (boîtier de vote), licence CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons.
