Quelques mois après Mortal Kombat II, qui n'aura pas spécialement enthousiasmé le monde entier, sauf les puristes du jeu vidéo, place à Street Fighter, nouvelle adaptation d'un jeu de baston en 1 vs 1.
Grosso modo, il n'y a pas d'histoire ici, tant c'est un sacré bordel narratif saupoudré d'une cascade de personnages uniquement là pour générer la baston. Retenez qu'il y a un méchant (M. Bison, joué par un insupportable David Dastmalchian), un démon (Akuma, joué par Roman Reigns) et des gentils. Et un tournoi. Autant je connais bien l'univers de Mortal Kombat, autant ici je suis un néophyte, seulement venu piocher avec un peu d'espoir un divertissement régressif et marrant en ce jour pluvieux. C'est pire que ça.
Street Fighter : une agression neuronale grotesque et décérébrée

Street Fighter est une agression neuronale. Un des films les plus borderline et décérébrés que j'ai pu voir ces dernières années. Tout est affreux, délétère, à prendre au second degré, jamais sérieux, toujours stupide et grotesque. Le pire étant que c'est fait exprès.
Les personnages lâchent des répliques assez cinglantes du type « Il est devant moi, j'en conclus qu'il est derrière toi », « Mes mains ne sont plus faites pour combattre, mais pour vendre des ramens » et d'autres perles à noter dans un cahier d'or. Les femmes sont réduites avec enthousiasme à des objets sexualisés au possible et le méchant semble en pleine jouissance quand il fait étalage de sa puissance et qui veut vider les hommes forts de leur virilité pour avoir des gros biceps. Quelle bonne ambiance.
Ajoutez à cela un Jason Momoa en images de synthèse, alignant seulement quatre à cinq répliques au cours du film avant de s'en aller en faisant la roue, des high kicks dans les bouches et des dialogues humoristiques, et vous en sortirez avec le sentiment d'avoir mis les doigts dans la prise… et d'avoir adoré ça (à ne surtout pas reproduire chez soi). On met la suspension d'incrédulité au placard, car le long-métrage a bien compris que le sérieux de Mortal Kombat II n'était peut-être pas si viable que cela.
C'est donc criard, assez moche visuellement (ces lumières sépia d'un jaune nauséeux parasitent la créativité des décors), on te met des néons en pleine nuit, très agressifs.
Tout semble si artificiel que les acteurs ont également l'air d'être en images de synthèse. À force de vouloir être trop photoréaliste, Street Fighter donne l'impression d'être une immense cinématique de jeu vidéo. On revient à Blanka, le géant vert de Jason Momoa : c'est si moche que vous pouvez vous en arracher les yeux.
Comme le film n'a également rien à raconter, il va chercher l'autojustification et le sensationnalisme pour distribuer des tatanes. Le tournoi est un prétexte pour laisser également des personnages supposés cultes sur le carreau (Guile l'Américain, largement gardé au chaud pour un épisode 2) et le contre-emploi (sauver Ryu, détruire M. Bison) est aussi fin et agile qu'un pachyderme.
Un blockbuster absurde qui sauve pourtant l'expérience en salles

Aussi idiot qu'une brioche sans pépites de chocolat, aussi maboul qu'un tour de rollercoaster (je l'ai vu en 4DX, qui nous a balancé des gerbes de flotte à chaque coup de poing), on est clairement sur une anomalie de cinéma.
Le genre de film hors des sentiers battus qui sait pertinemment qu'il est débile, moche et insupportable, mais que tu vas apprécier tant l'expérience est singulière. Néanmoins, l'énorme déferlante d'action est mal dosée. En tant que néophyte, je suis venu chercher un tournoi qui pétarade. Tournoi très souvent expédié au rang d'arrière-plan, certains combats n'étant même pas visibles à l'écran.
Puis arrive un moment saugrenu à base de conflits entre Ryu et Ken, qui vient détonner avec le reste. Après quasiment 80 % du film à sortir des blagues jusqu'au-boutistes et lourdingues, on tente d'être sérieux, mais ça ne marche pas. Conscients du potentiel de franchise de l'ensemble, Legendary et Capcom font finir tout ce bal-musette de stéroïdes et de gros bras en un gros cliffhanger assez abject.
Extrêmement mauvais, moche et absurde sur bien des points, ce Street Fighter sauvegarde l'expérience en salles, qui donnera l'impression d'en ressortir avec le sentiment d'avoir vécu une injection d'adrénaline et de choses moins sympathiques. Oubliez tout ce que vous venez chercher avant d'y aller. En salles depuis le 14 octobre 2026.


