Apple TV a mis en ligne Portée disparue (Last Seen en version originale) à la rentrée, quelques jours avant des Emmy Awards historiques pour la plateforme. Dans cette rentrée faste, la mini-série australienne en six épisodes est une réussite, angoissante et bien écrite, avec des acteurs justes. Le final est en ligne depuis le 7 octobre : on peut désormais la regarder d'une traite.
Il y a onze ans, Maggie, trois ans, a disparu sans laisser de trace. Son père, Ian Ridley, inspecteur de police, ne s'en est jamais remis. Devenu opérateur des appels d'urgence, il refuse toujours de croire qu'elle est perdue pour de bon. Le jour où une adolescente en détresse appelle à l'aide, il est certain d'entendre la voix de sa fille.
Onze ans sans réponse

Tout part d'une voix au téléphone. Ian a-t-il reconnu sa fille, ou seulement entendu ce qu'il espère depuis onze ans ? La série installe ce doute dès la prémisse et ne le lâche plus.
Kris Mrksa, qui adapte ici le roman The Dispatcher de l'Américain Ryan David Jahn (paru chez Actes Sud sous le titre Emergency 911), a déjà signé Requiem pour la BBC puis The Murders at White House Farm, deux séries où le malaise sert de moteur. Le livre se déroulait au Texas ; la série déménage dans l'État de Victoria, en Australie, où elle a été entièrement tournée. Apple a confié la réalisation à l'Allemand Christian Schwochow, passé par The Crown, Bad Banks et Munich : le prix de la paix sur Netflix.
Le format joue aussi en sa faveur : six épisodes d'une petite heure, là où tant de thrillers de plateforme s'étirent sur huit ou dix heures.
Patrick Brammall à contre-emploi, une distribution sans fausse note

On connaît surtout Patrick Brammall pour la comédie. Il a créé Colin from Accounts avec sa femme Harriet Dyer, une comédie romantique dont ils tiennent les deux rôles principaux et dont l'ultime saison est sortie au même moment aux États-Unis. Interrogé par l'AV Club, l'acteur australien raconte que retrouver l'univers « joyeux » de Colin from Accounts après le tournage de Portée disparue a été un grand soulagement. Il rappelle aussi que sa fille aînée avait trois ans pendant le tournage, l'âge de Maggie au moment de sa disparition. Il résume son personnage par « sa culpabilité et sa rédemption » et dit s'être senti « en sécurité » avec Christian Schwochow, un réalisateur « tellement branché sur cet univers ».
Le contre-emploi fonctionne pleinement. Autour de lui, la Britannique Maxine Peake (Shameless), Brendan Cowell et Daniel Henshall, inoubliable tueur des Crimes de Snowtown, jouent juste du début à la fin.
La critique anglo-saxonne suit. Au 8 octobre, la série recueille 88 % d'avis positifs sur Rotten Tomatoes (24 critiques) et une moyenne de 78 sur 100 sur Metacritic (8 critiques). Le Guardian, qui lui accorde cinq étoiles, la juge « superbement interprétée ». L'AV Club se montre plus réservé (B-) mais voit dans Brammall « une ancre puissante » pour la série.
Quelques clichés, mais une fin qui ne triche pas

Portée disparue n'échappe pas à quelques passages obligés du genre, à commencer par le père brisé qui refuse de lâcher prise et la petite ville où tout le monde se connaît. Même Radio Times, qui lui donne la note maximale, reconnaît que l'explication de ce qui est arrivé à Maggie « vous viendra immédiatement » si vous avez déjà vu une histoire de ce genre. Plus sévère, le Sydney Morning Herald estime que la série n'a, au fond, « pas de mystère », puisque le spectateur connaît le responsable et ses raisons dès le deuxième épisode.
The Hollywood Reporter relève des coïncidences et des failles logiques. L'AV Club regrette que la série ne creuse pas les troubles de Jenna, ce qui laisse le jeu de Maxine Peake comme inachevé. Il juge aussi que l'avant-dernier épisode, construit comme un long retour en arrière, casse l'élan. Sur RogerEbert.com, Brian Tallerico trouve que quelques policiers ne servent qu'à exposer l'intrigue.
J'ai moi aussi repéré quelques clichés, sans qu'ils gâchent l'ensemble. Le doute et la culpabilité portent la tension jusqu'au bout. Le public se montre plus partagé que la critique sur l'ensemble de la saison, avec 71 % d'avis positifs sur Rotten Tomatoes contre 88 % chez les critiques. J'ai trouvé le final logique. Il évite la fin heureuse de convention et découle de tout ce qui précède, ce que salue aussi Ready Steady Cut, pour qui ce final « résiste à la tentation d'une fin artificiellement heureuse ».
Où voir Portée disparue
- Plateforme : Apple TV, inclus dans l'abonnement
- Format : six épisodes, deux le 9 septembre puis un chaque mercredi
- Final : mercredi 7 octobre
C'est la série d'Apple TV que je vous conseille cet automne. Ma note : 8,5 sur 10.
