Il y a une justice poétique dans le naufrage actuel de Pirates des Caraïbes. Près de dix ans après le dernier volet, la franchise tourne en rond. Disney a enterré un spin-off féminin pourtant confié à Margot Robbie, accumule les scénarios avortés et n'arrive toujours pas à mettre à l'eau un sixième film coincé depuis des années en développement. Le studio a tout bonnement perdu la boussole, mais il ne s'en prendra qu'à lui-même. Car cette dérive a un nom et une date, celle où Hollywood a décidé de lyncher Johnny Depp faisant fi de son innocence présumée.
Dès 2018, sur la seule foi des accusations d'Amber Heard, Disney écarte l'acteur de la saga qui l'avait rendu immense, celle qui avait engrangé plus de quatre milliards de dollars au box-office mondial. Warner le pousse vers la sortie des Animaux Fantastiques dans la foulée. Aucun procès n'a encore tranché quoi que ce soit, mais l'industrie a déjà rendu son verdict, le présumant coupable et le rayant de la carte avant la moindre décision de justice. Nous avions raconté en détail l'implosion de ce géant, lâché par tous en quelques semaines.
Un acteur condamné avant le verdict

La suite a donné tort aux exécuteurs puisqu'en juin 2022, au terme d'un procès en diffamation suivi par la planète entière, un jury américain a tranché en faveur de Johnny Depp et reconnu qu'Amber Heard l'avait diffamé. Le verdict a été sans appel sur ce point. Mais Disney n'avait pas attendu ce jugement pour le condamner, le mal était fait depuis longtemps. Quatre ans d'exil, des dizaines de millions de dollars de contrats envolés, une réputation traînée dans la boue par un tsunami de tabloïds, le tout avant que la justice ne se soit prononcé. C'est, mesdames et messieurs, précisément ça, la définition d'un lynchage.
Disney paie l'addition
Et voilà où le karma entre en scène. En lâchant Johnny Depp, Disney n'a pas seulement commis une injustice, il s'est tiré une balle dans le pied. Jack Sparrow n'était pas un personnage parmi d'autres, c'était l'âme de la franchise, le grain de folie qui transformait un film de pirates en phénomène planétaire. Sans lui, la saga n'a plus jamais retrouvé son cap. Les projets s'enchaînent et s'effondrent, les réalisateurs défilent, et même les tentatives de repartir sans Sparrow se sont enlisées, à commencer par le spin-off confié à Margot Robbie, finalement enterré par Disney. On ne remplace pas Jack Sparrow et Disney l'apprend à la dure.

Aujourd'hui, presque tout le monde semble l'avoir compris. Le producteur historique Jerry Bruckheimer ne cache plus son envie de voir revenir l'acteur, répétant que si ça ne tenait qu'à lui, Johnny Depp serait de la partie. Les fans non plus n'ont jamais lâché, à coups de pétitions de millions de signatures. Tout le monde a saisi la leçon, sauf peut-être les costumes-cravates de la maison aux grandes oreilles, qui préfèrent une page blanche plutôt que d'admettre leur erreur.
Faut-il vraiment rappeler que, dans un État de droit, on est présumé innocent jusqu'à preuve du contraire ? Hollywood l'a oublié le temps d'une affaire, Johnny Depp en a payé le prix fort. Disney, aujourd'hui, paye les pots cassés d'un trésor jeté par-dessus bord par pure lâcheté. La morale de cette histoire, que dis-je, de cette piraterie est cruelle, on ne trahit pas son meilleur capitaine sans finir à la dérive (mais quelle conclusion, elle mérite la planche).





