Dans la grande lignée des blockbusters du patrimoine (dont le dernier ersatz est arrivé l'été dernier avec La Bataille de Gaulle), voici Les Misérables. L'œuvre culte de Victor Hugo a eu un très grand nombre d'adaptations, il lui fallait forcément les habits du blockbuster à plus de 42 millions d'euros, made in Studiocanal. Avec son casting cinq étoiles — Vincent Lindon, Tahar Rahim, Camille Cottin, Benjamin Lavernhe, Vassili Schneider et Noémie Merlant —, la garantie était d'aller chercher un Monte-Cristo bis.
C'est à moitié réussi. Pour les plus néophytes, Les Misérables, c'est un chassé-croisé de plusieurs personnages vivant dans la première moitié du XIXe siècle en France, avec un focus sur l'ancien forçat Jean Valjean. En d'autres termes, on suit l'évolution d'un personnage, de la plèbe à la bourgeoisie, où il change de nom. D'autres gens de castes différentes viennent se greffer à l'intrigue.
Je ne vais pas revenir sur le contenu du roman et la qualité de l'adaptation, mais bien sur le film en lui-même. Pourquoi faire ? Sert-il vraiment à quelque chose ? Ou n'est-ce vaguement que la transcription d'une volonté de tout « blockbusteriser » de la part de nos grosses firmes françaises ?
Une fresque spectaculaire portée par Vincent Lindon et Tahar Rahim

Tout de suite, ce qui saute à l'écran, c'est la force des images. C'est clair, limpide, propre, bien filmé, bien éclairé, bien monté. L'alternance des scènes de shaky cam et des moments plus contemplatifs fait de ces Misérables un véritable récit en plusieurs actes, qui fait passer le temps long (2h56 tout de même) en une pilule assez correcte à digérer.
Le scénario de Fred Cavayé parvient à vermifuger le livre de Victor Hugo de ses nombreuses digressions pour venir capter l'essence même de ce qui nous arrange et que l'on veut voir : la rédemption de ce bon vieux Jean, forcé de sortir de son terrier par un inspecteur qui n'arrête pas d'aller le chercher, tout comme son passé. Vincent Lindon met clairement sa force physique et son intensité de regard pour camper un saisissant Jean Valjean, quelques mois après la performance tout aussi magnifique de Grégory Gadebois.
Lindon est probablement l'un de nos derniers acteurs qui parvient à tout transmettre par le regard. Il est tout le temps juste, jamais à côté de son interprétation. Il tient la dragée haute à un surprenant Tahar Rahim, qui a su capter toute la difficulté de son personnage de Javert. Humain, impassible, froid, distant, mais ambivalent.
Camille Cottin et Benjamin Lavernhe sont également très bons dans les personnages détestables des Thénardier.
Une adaptation réussie à laquelle il manque un supplément d'âme

Ma longue diatribe sur les comédiens vous prouve une chose : Les Misérables réussit avant tout grâce à ses acteurs. Chaque pièce close devient des planches pour des confrontations, pour des démonstrations de force, et on adhère au concept.
Le final très exigu dans cette ruelle où se déroule un massacre est également très perturbant par sa triste résonance avec le contexte socio-économique actuel. La façon d'y filmer Tahar Rahim, assistant à cette exaction, montre typiquement un dirigeant dans sa tour d'ivoire toiser de haut ceux d'en bas, un peu comme aujourd'hui.
On gardera également cette phrase en tête, encore plus forte à l'écran : « À trop vouloir l'ordre, on finit par engendrer le chaos. » Parce qu'aujourd'hui, la jeune génération retient mieux ce qui est visuel. C'est donc réussi sur des tas de points, un peu moins sur d'autres. Le genre de travail bien fait par n'importe quel faiseur français en matière de cinéma, mais auquel il manque un supplément d'âme.
C'est une fresque épique très bien portée par des acteurs aux sommets de leurs arts respectifs, mais le capitaine du navire est un peu trop sage. Un bon divertissement néanmoins salutaire à aller voir en ces vacances de la Toussaint.


