Un OVNI d'animation low-tech face aux blockbusters de l'été

Le 10 juin, en même temps que l’ogre Disclosure Day, est sorti dans l’anonymat le plus total un nouveau film de Quentin Dupieux, qui fait des longs-métrages plus vite que son ombre. Avec Le Vertige, il signe un film d’animation méta et conceptuel où Jonathan Cohen et Alain Chabat se donnent la réplique dans une simulation aussi aboutie que sur la PS1, avec une esthétique qui rappelle les premiers GTA dont Vice City. On n'a pas encore vu le machin de Dupieux, tant il ne sort que dans les salles d’art et d’essai, mais ça ne saurait tarder. En attendant, on vous détaille un peu comment ça a vu le jour.
La production Chi-Fou-Mi ne dure qu’une heure et sept minutes, ce qui est désormais une habitude chez Dupieux. Yannick (2023) faisait 1h05, Le Deuxième Acte faisait 1h20, L’accident de piano durait lui 1h28. En plus de ce tout petit film d’animation — présenté à Cannes à la Quinzaine des Cinéastes —, Dupieux prépare un projet international, à savoir Full Phil, avec Woody Harrelson, Kristen Stewart et Emma Mackey.
Ce qui est rigolo à savoir pour se donner envie, c’est que Le Vertige est profondément traité comme une anomalie de façon assumée. Dans un entretien à Trois Couleurs, Quentin Dupieux a expliqué que les bugs, les mouvements saccadés et les imperfections du film étaient faits exprès. Le cœur technique du projet repose sur une mini-équipe : Yann Roussel, Max Nicolas, Rémy Alleman, Solane Duval et Léo Pouliquen, chargés de la conception 3D et de l’animation. Diaphana crédite aussi Joan Le Boru à la direction artistique, Franck Lascombes à la musique, et le montage est assuré par Quentin Dupieux et Léo Pouliquen. On est sur un truc qui a été tourné et fabriqué à la va-vite, comme si le message sous-jacent que nous donnait Dupieux était de nous inviter à nous lancer, nous aussi, dans des productions audiovisuelles.
Un projet de bricolage sauvé par la Quinzaine des Cinéastes

Pour le film, Dupieux a utilisé le logiciel de modélisation Blender, un iPhone et un outil de capture de mouvement, c’est tout. Aucun des trois acteurs (Jonathan Cohen, Alain Chabat et Anaïs Demoustier) n’a même été sollicité au sens propre — ils ont enregistré les voix a posteriori, les personnages ayant été entièrement générés. On ne peut pas le nier, même si ce truc a des critiques pour le moment moyennes, l’audace mériterait presque le détour.
Surtout que Le Vertige a failli ne jamais sortir. Avant d’être légitimé comme film par sa présence à la Quinzaine des Cinéastes, le film d’animation avait l’étiquette du truc irregardable, impossible à sortir. C’est pourtant chose faite. Dupieux pense même déjà à une suite avec une légère amélioration de l’image et des graphismes, comme si on allait passer de la PS1 à la PS2. Manque de pot, vu le box-office, il est probable que ça ne voie jamais le jour.
Sur son premier jour d’exploitation, Le Vertige a enregistré 12.550 entrées. On estime donc une première semaine à environ 80.000 spectateurs — pour une fin de parcours autour des 200.000 entrées. Vous me direz “pas mal” pour un projet aussi niche, mais c’est anecdotique. N’hésitez pas à nous dire en commentaire ce que vous en avez pensé si vous avez eu la chance de le voir.
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