Souvent cantonné à ses grosses franchises, type Madagascar, Shrek ou encore Les Croods, DreamWorks semble vouloir faire un choix très audacieux. Proposer moins de suites, plus de films originaux avec une toute nouvelle esthétique.
Lorgnant moins du côté du photoréalisme de Disney-Pixar, moins du côté de la flemme comique d'Illumination, le studio propose ses propres trucs, avec une esthétique cartoon, une ambiance pop et des arrière-plans ressemblant à des peintures d'exposition.
En ce sens, Le Robot sauvage (2024) était une incroyable surprise, à la fois touchante, dynamique et colorée. Une magnifique odyssée avec de jolis messages en toile de fond. C'est donc un euphémisme que de vous dire que j'attendais L'Île des souvenirs et que je me suis largement préservé de trop en voir. Tout ce que je savais concernait un peu les contours de l'histoire : deux grandes copines trouvent un monde magique et leur amitié va être mise à rude épreuve.
L'Île des souvenirs : une claque visuelle au rythme parfois épuisant

Après la famille, le courage et la construction de soi, DreamWorks aborde l'amitié, les souvenirs et la vitalité que représentent l'autre et le lien social dans notre vie.
L'animation est toujours aussi belle, remplie de trouvailles humoristiques et de blagues actuelles (parfois trop). On se laisse aisément embarquer par l'histoire, même si le rythme est un peu essoufflant. Tout fuse très, très vite, au point que si tu clignes des yeux, tu rates une vanne. On passe rapidement du coq à l'âne, si bien que le scénario stricto sensu de l'histoire se perd en chemin.
Un même personnage est méchant, mais attends, plus trop, quoique un peu, mais en fait non, ah mais en fait si… À vouloir capter trop souvent l'attention du public enfant et adulte, le film enchaîne un énorme remplissage de blagues et nous fait ingurgiter tout ça par entonnoir. C'est bête parce que pas mal de celles-ci fonctionnent, mais d'autres passent à la trappe.
DreamWorks retrouve son audace avec une ode à l'amitié inventive et colorée

Ceci étant dit, on ne peut pas trop lui en tenir rigueur tant le produit final est suffisamment bien habillé pour plaire.
Le message sur l'amitié y apparaît un peu facile, un peu cliché, mais ça reste mignon parce qu'il y a réellement la volonté de fonctionner différemment, de proposer du neuf, du moderne, quelque chose qui pulse. On est également en antithèse complète avec ce que tendent à faire certains films d'animation des grosses écuries (petit tacle appuyé à Toy Story 5 et Super Mario Galaxy, le film). Plutôt que de biberonner ses produits au format TikTok (faire hurler ses personnages, tout placer au centre du cadre, etc.), L'Île des souvenirs trouve sa vivacité dans la mise en scène, avec des détails créatifs, des changements de design, des changements de ton, de l'animation BD, en 2D…
Juste pour faire un peu rêver et montrer qu'il est tout à fait possible, en réfléchissant un peu plus, de surprendre et de nous apporter autre chose que des produits formatés et balisés. On est moins dans la poésie, l'osmose et l'onirisme d'un In Waves, mais on prend une décharge de couleurs, d'électricité et de pugnacité qui fait vraiment du bien dans le cinéma d'animation d'aujourd'hui. À consommer sans modération.


