Charlie Kinloch, responsable des ressources humaines de Rockstar Lincoln, vient de témoigner devant le tribunal du travail de Glasgow, où des développeurs licenciés par le studio contestent leur renvoi avec le soutien du syndicat IWGB. Selon le compte rendu d'Eurogamer, il a affirmé n'avoir porté que « peu d'intérêt » aux messages sur la syndicalisation que lui transmettait un collègue anonyme. Kinloch dit avoir seulement voulu limiter le risque de fuite, rapporte Kotaku. L'audience sur le fond, ouverte début septembre, doit s'achever le 16 octobre.
Rockstar a licencié 34 personnes le 30 octobre 2025, d'après le dossier des plaignants rapporté par Game Developer : 31 membres de l'IWGB au Royaume-Uni et trois salariés non syndiqués au Canada. Le studio invoque une faute grave, la diffusion d'informations confidentielles sur un serveur Discord. Le syndicat y voit une opération antisyndicale menée contre des salariés qui discutaient dans des salons privés. Les plaignants demandent leur réintégration ou une indemnisation, ainsi que la reconnaissance du caractère abusif de leur licenciement.
Un serveur Discord, deux récits

Dans ses conclusions écrites, résumées par Game Developer à l'ouverture de l'audience, Rockstar se décrit comme une entreprise « hypervigilante » sur le secret, au point de comparer les principes de conception de GTA 6 à la recette du Coca-Cola. Le studio rappelle la fuite de 2022, quand des vidéos de développement du jeu avaient été dérobées par hameçonnage. Des vidéos de gameplay du jeu ont encore fuité cet été, bien après les licenciements. Selon Rockstar, un des salons du serveur comptait près de 350 personnes, la plupart sous pseudonyme, parmi lesquelles d'anciens salariés, des employés de studios concurrents et un journaliste. Le studio affirme avoir licencié les 34 salariés « pour faute grave, après le partage d'informations confidentielles de l'entreprise et non en raison d'une prétendue appartenance ou activité syndicale ».
Selon le dossier des plaignants, ce collègue anonyme, un salarié junior désigné sous l'alias « AB », aurait transmis au service RH des informations sur l'activité syndicale du serveur dès février 2024. Le syndicat aurait annoncé sur le serveur, le 18 octobre, avoir franchi le seuil de 10 % de syndiqués exigé pour une reconnaissance légale au Royaume-Uni. Toujours selon ce dossier, Charlie Kinloch en aurait été informé les 20 et 22 octobre, moins de deux semaines avant les licenciements. AB ne sera pas appelé à témoigner, selon Kotaku.
Le responsable RH interrogé sur le délai des licenciements
L'avocat des anciens salariés a pressé Charlie Kinloch sur ce point. D'après Kotaku, il a cité une déclaration de Rockstar qui parlait d'une « menace sérieuse pour notre activité » appelant une réaction rapide, avant de demander : « Dix-huit mois, est-ce "aussi vite que possible" ? » Le responsable RH a répondu qu'en octobre, le serveur grossissait « à un rythme exponentiel », avec beaucoup de nouveaux membres dont l'entreprise ignorait l'identité. Selon lui, à l'approche d'une annonce, un message rendu public « causerait du tort à l'entreprise ». Eurogamer rapporte que deux autres sujets abordés sur le serveur l'avaient alerté : un projet de compte Twitter du syndicat, qu'il jugeait risqué pour la sécurité, ainsi que l'intention de parler à Jason Schreier (Bloomberg) et à Keza MacDonald (The Guardian). D'autres cadres de Rockstar devraient être entendus la semaine prochaine.
Janvier et juin, deux décisions d'étape

En janvier, la juge Frances Eccles a refusé le maintien provisoire des salaires, une procédure d'urgence qui exige de montrer de bonnes chances de gagner. La juge estimait les éléments insuffisants pour conclure que l'appartenance à l'IWGB serait probablement retenue comme « raison principale » des licenciements. Cette décision ne jugeait pas le fond. La même ordonnance relevait aussi qu'aucun salarié n'avait été suspendu ni convoqué à un entretien disciplinaire avant son renvoi.
En juin, le tribunal a refusé de retirer du dossier les accusations de liste noire, comme le demandait Rockstar. « Le tribunal a refusé de laisser Rockstar s'en tirer », s'est félicité Spring McParlin-Jones, président de la branche jeu vidéo de l'IWGB. Licenciement abusif, sanction pour activité syndicale et liste noire seront donc tranchés ensemble.
La sortie de GTA 6 hors du champ du procès
Aucune des demandes des plaignants ne vise le jeu. La date de sortie de GTA 6 reste fixée au 19 novembre. Aucune date n'est annoncée pour le jugement. Le report du jeu à cette date avait été annoncé une semaine après les licenciements, sans qu'aucun lien entre les deux n'ait été établi.
Au printemps, Rockstar North figurait déjà sur la liste britannique des employeurs ayant sous-payé leurs salariés.



