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Docteur Fatalis : trente ans de ratés au cinéma avant Avengers Doomsday
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Docteur Fatalis : trente ans de ratés au cinéma avant Avengers Doomsday

Avant Robert Downey Jr. dans Avengers : Doomsday, trois acteurs ont porté le masque de Docteur Fatalis sans rendre justice au plus grand méchant de Marvel.

JulienFondateur & Rédacteur en chef
  • 1 octobre 2026
  • 10 min de lecture

Robert Downey Jr. sera, le 16 décembre dans les salles françaises, le quatrième acteur à donner un vrai rôle à Docteur Fatalis au cinéma, un an après la brève apparition encapuchonnée du personnage dans Premiers Pas. Ses prédécesseurs ont eu droit à un film jamais sorti, à un diptyque familial vite oublié et à l'un des pires films de super-héros des années 2010. Le méchant le plus prestigieux de Marvel a donc traversé trois décennies de cinéma sans que personne le prenne au sérieux, au point que son arrivée dans Avengers : Doomsday ressemble moins à un retour qu'à une première véritable chance.

Le monarque de Latvérie inventé par Stan Lee et Jack Kirby

Victor von Doom apparaît pour la première fois dans Fantastic Four n° 5, daté de juillet 1962, sous la plume de Stan Lee et le crayon de Jack Kirby. Son origine complète n'arrive que deux ans plus tard, dans le deuxième Annual de la série, qui en fait un étudiant de génie, ancien camarade de Reed Richards, défiguré par une expérience ratée. Il se forge ensuite une armure et un masque de métal avant de prendre le pouvoir en Latvérie, petit royaume d'Europe de l'Est.

Fatalis est un monarque qui parle de lui à la troisième personne, un savant qui ne pardonne pas à Reed Richards d'avoir eu raison contre lui, un sorcier capable de tenir tête aux maîtres des arts mystiques et un chef d'État que son immunité diplomatique protège quand il vient défier les héros à New York. Son orgueil le rend tragique plus que sadique. Notre dossier sur les origines de Victor von Doom raconte son enfance rom et sa conquête du trône. Au cinéma, un détail devient décisif, puisque Fatalis ne retire presque jamais son masque devant qui que ce soit.

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Docteur Fatalis en armure argentée et cape verte, assis sur son trône entre deux bannières de Latvérie, dans une illustration de comics

Joseph Culp, le Fatalis que personne n'a vu

Le premier Fatalis de cinéma est né d'une clause de contrat. Le producteur allemand Bernd Eichinger, patron de Constantin Film, avait acquis les droits des Quatre Fantastiques en 1986 avec une échéance au 31 décembre 1992, faute de quoi ils revenaient à Marvel si aucun film n'était en tournage. Il s'associe donc à Roger Corman, le roi de la série B, qui lance le tournage le 28 décembre 1992 avec un budget d'environ un million de dollars, sous la direction d'Oley Sassone, venu du clip.

Joseph Culp, fils de l'acteur Robert Culp, y joue un Victor von Doom laissé pour mort dans un accident en tentant de capter l'énergie d'une comète. Sous un masque qui étouffait sa voix, il compense par une gestuelle de tragédien, puisque Sassone lui avait demandé de le jouer « comme Mussolini ». Culp a décrit à l'AV Club un tyran épique « à la diction d'opéra ». Dans les copies pirates qui circulent depuis le milieu des années 1990, sa performance reste ce qu'il y a de plus fidèle à la bande dessinée, perdue dans un film fauché aux effets de kermesse.

Le film ne sortira jamais. L'avant-première prévue le 19 janvier 1994 au Mall of America, dans le Minnesota, est annulée sans explication. Avi Arad, alors dirigeant chez Marvel, a raconté avoir racheté le film « pour quelques millions de dollars en liquide » et fait détruire les copies, version que Corman conteste. Joseph Culp, lui, a lancé en 2024 une pétition pour que Marvel Studios sorte enfin le film. Le Fatalis le plus fidèle de l'histoire du cinéma reste donc celui que personne n'a pu voir légalement.

Julian McMahon, un patron de multinationale plus qu'un monarque

Constantin conserve les droits et coproduit avec la 20th Century Fox Les Quatre Fantastiques de Tim Story, sorti en 2005. Le rôle revient à Julian McMahon, alors vedette de Nip/Tuck. Jon Favreau se souvient d'ailleurs que Kevin Feige, producteur exécutif du film, avait déjà rencontré Robert Downey Jr. « pour Docteur Fatalis ou quelque chose comme ça », quelques années avant Iron Man. Le scénario fait de Victor von Doom le PDG de Von Doom Industries, qui prête sa station spatiale à Reed Richards et convoite Susan Storm. Frappé par le même nuage cosmique que les héros, il se change peu à peu en métal organique capable de projeter de l'électricité. La Latvérie n'apparaît qu'au détour de l'épilogue, quand on y rapatrie son corps figé.

Le plus grand méchant de Marvel devient ainsi un homme d'affaires jaloux, ruiné par la chute de son action en Bourse, un Lex Luthor de seconde main dont les pouvoirs copient ceux des héros. Le masque n'arrive qu'au dernier acte. McMahon, acteur au charme vénéneux, n'avait aucune chance de construire un souverain avec un personnage écrit comme un patron vexé. Le film rapporte 333,5 millions de dollars dans le monde, assez pour commander une suite.

Dans Les Quatre Fantastiques et le Surfer d'argent, en 2007, Fatalis sort de son état de statue quand le Surfer survole la Latvérie, puis lui vole sa planche avant d'être mis hors d'état de nuire par la Torche et la Chose. Le film rapporte 301,9 millions de dollars, moins que le premier, ce qui enterre le troisième volet. Julian McMahon est mort d'un cancer en juillet 2025, à 56 ans, trois semaines avant la sortie de Premiers Pas. Pour toute une génération, Fatalis a gardé ses traits, faute d'un film qui ait osé lui laisser le masque.

Toby Kebbell et le Fatalis informaticien de Josh Trank

La Fox relance la franchise en 2015 avec Josh Trank, remarqué pour Chronicle. Avant la sortie, Toby Kebbell décrit à Collider un Victor Domashev méconnaissable, « programmeur très antisocial » qui signe « Doom » sur les blogs, avant de rétropédaler ; le générique le crédite bien en Victor von Doom. Dans le film, ce génie aigri de la fondation Baxter est laissé pour mort sur la « planète zéro », dont il revient soudé à sa combinaison et doté de télékinésie. La scène où il fait exploser les têtes des militaires dans un couloir est la seule image dont on se souvienne. Elle appartient à un film d'horreur que Les 4 Fantastiques n'a jamais osé devenir.

Le film coûte 120 millions de dollars, n'en rapporte que 168 millions dans le monde, plafonne à 9 % de critiques positives sur Rotten Tomatoes et repart avec trois Razzie Awards, dont celui du pire film. La veille de la sortie, Trank publie sur Twitter un message vite effacé : « Il y a un an, j'avais une version fantastique de ce film. Elle aurait eu d'excellentes critiques. Vous ne la verrez probablement jamais. » Le Fatalis de Kebbell n'a ni royaume ni masque digne de ce nom. C'est le pire des trois, de loin.

Disney rachète la Fox, Premiers Pas garde Fatalis dans l'ombre

Le rachat de 21st Century Fox par Disney, bouclé en mars 2019, rend les Quatre Fantastiques et leur ennemi juré à Marvel Studios. Sorti à l'été 2025, Les 4 Fantastiques : Premiers Pas dépasse les 500 millions de dollars de recettes mondiales, avec plus de 1,6 million d'entrées en France. Galactus y tient le rôle du méchant, Fatalis attend la scène de mi-générique.

Le petit Franklin Richards, cheveux blonds et pull bleu, pose la main sur la capuche sombre d'une silhouette agenouillée qui tient un masque de métal, dans la scène de mi-générique des 4 Fantastiques : Premiers Pas

Quatre ans après la victoire contre Galactus, Susan Storm lit une histoire à son fils Franklin, s'éloigne un instant puis le retrouve face à une silhouette en cape verte, agenouillée, le masque de métal à la main. On ne voit jamais son visage. Matt Shakman, le réalisateur, a expliqué ne pas avoir tourné cette scène, filmée par les frères Russo pendant la production de Doomsday, sans que Marvel ne confirme qui se cache sous la capuche. Dans notre critique de Premiers Pas, nous avions trouvé cette scène terriblement prévisible. Le reproche tient toujours, puisqu'elle installe une menace sans rien dire de l'homme. Elle a au moins le mérite de rendre au personnage son masque.

Robert Downey Jr., une assurance un peu trop facile

L'annonce remonte à la Comic-Con de San Diego, en juillet 2024. Sur la scène du Hall H, une armée de figurants en armure et cape verte entoure Kevin Feige et les frères Russo, de retour chez Marvel. L'un d'eux s'avance puis retire capuche et masque devant une salle qui découvre Robert Downey Jr. « Nouveau masque, même mission », lance l'acteur. Avengers : The Kang Dynasty disparaît au passage au profit de Doomsday. Marvel avait renvoyé Jonathan Majors quelques mois plus tôt, après sa condamnation pour violences envers son ancienne compagne. Le studio n'avait plus de grand méchant pour conclure la saga du multivers.

Robert Downey Jr., en sweat vert, pose à côté du masque métallique de Docteur Fatalis

Le président de Marvel Studios a expliqué l'idée à Entertainment Weekly, au CinemaCon de Las Vegas : « Il a joué le héros le plus emblématique. Faisons-lui jouer le méchant le plus emblématique. » Aux sceptiques, il oppose une autre phrase : « C'est notre univers. C'est un multivers. Nous pouvons faire ce que nous voulons. » Après des phases 4 et 5 décevantes, Marvel Studios ne mise pas sur un acteur pour un rôle, mais sur la seule valeur sûre de son histoire, l'homme dont le visage a porté onze ans de films. À l'annonce, le retour de Downey nous avait laissés dubitatifs. Deux ans de marketing autour de Doomsday n'ont pas tout à fait levé le doute.

Downey parle pourtant avec un lourd accent d'Europe de l'Est, une voix sortie sans prévenir pendant une discussion sur le personnage. « Nous avons su à cet instant que c'était la bonne », a raconté Anthony Russo à People. Une partie du public a ricané, certains comparant l'accent à celui d'un vampire de comédie. Ce choix va dans le bon sens, parce qu'il éloigne Fatalis de la gouaille de Stark et l'ancre dans une Latvérie que les films de la Fox traitaient en simple décor. Dans les images montrées au Hall H cet été, Fatalis répondait à Thor d'un « Hell answers to me » (« L'enfer m'obéit ») qui en dit plus sur lui que les trois films de la Fox réunis.

Docteur Fatalis, masque de métal et capuche sombre, ouvre les bras au milieu de la fumée dans une image d'Avengers : Doomsday

Le special look de la D23, en août, précise l'angle. Susan Storm y raconte Victor, « le type le plus intelligent dans chaque pièce », qui « était autrefois différent ». Le montage laisse entendre que sa bascule suit la perte de sa femme et de son enfant, sans que Marvel ne l'énonce jamais. Le film semble donc faire de Fatalis une figure tragique, liée de près à Reed et Sue, plus proche de l'esprit des comics que toutes les versions précédentes. Son univers d'origine, son intérêt pour Franklin et son rôle exact restent officiellement secrets, comme le rappelle notre guide d'Avengers : Doomsday.

Trente ans à démasquer un personnage qui ne devait jamais l'être

Le Fatalis de 1994 existait pour qu'un producteur garde ses droits. Ceux de la Fox, privés de royaume et presque toujours à visage découvert, servaient de faire-valoir à une équipe de héros. Le cinéma a voulu rendre Fatalis accessible, alors que le personnage tient dans la distance d'un souverain qui ne doute jamais et que personne ne voit derrière le métal. Julian McMahon et Toby Kebbell passent l'essentiel de leurs films sans masque, l'un en patron de multinationale, l'autre en informaticien mal dans sa peau, soit l'exact contraire du monarque de Kirby.

Le choix de Robert Downey Jr. répond à cette histoire de deux façons contradictoires. Il prend le problème à l'envers en confiant le masque au visage le plus connu de la maison, comme l'a montré dès le premier jour la révélation sur scène. La mise en scène des Russo et l'accent vont dans l'autre sens, celui d'un monarque qui ne ressemble plus à Tony Stark. Marvel Studios a moins casté un méchant qu'une assurance contre l'indifférence du public. Le 16 décembre dira si le personnage survit à la star. S'il y parvient, Fatalis aura enfin son film, trente-deux ans après celui que personne n'a pu voir.

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