Un raccourci dans le temps avait tout d'un projet ambitieux. Voulant volontairement briser son axe de production de reboots, remakes et suites, Disney a tenté de bâtir un projet semblable au fiasco financier du film À la poursuite de demain, sorti en 2015.
Quasiment les mêmes thématiques sont mises en avant, les mêmes couleurs, la même photographie… et même le champ de blé qui entoure la ville de Tomorrowland !
Le film d'Ava DuVernay reposait ostensiblement sur un paradoxe qui pouvait vraisemblablement faire douter les puristes de Tomorrowland : est-ce que le long-métrage était né pour corriger les défauts du précédent ? Existait-il pour relancer le mythe du monde idéal et du voyage interstellaire que Disney s'évertue à construire ?
Un raccourci dans le temps : une première heure intéressante avant le grand ratage

Le film d'Ava DuVernay est un collatéral loupé. Le voilà déjà parti pour rejoindre le fiasco financier d'À la poursuite de demain au box-office américain (même si le budget est bien plus bas).
Il partait pourtant d'une tonne de bons sentiments. Cette idée de retrouver un père perdu dans d'autres dimensions par un voyage interstellaire était un pitch assez intéressant, encore plus lorsqu'il est porté par de talentueux acteurs.
Mais on ne sait pas très bien où DuVernay souhaite nous mener. La première heure est, en soi, intéressante. Le long-métrage gravite autour des enfants du scientifique et se transforme en véritable ode aux timides et en une invitation à déjouer l'impossible. On sent même parfois les esquisses d'une plaidoirie contre le harcèlement scolaire.
Le film se perd ensuite dans un absurde méli-mélo de situations anecdotiques. On ne saisit pas très bien le rôle des trois « Madames » qui sont censées tisser le fil rouge de l'intrigue.
Beaucoup de questions sont esquissées (le père des enfants est soi-disant un « combattant » du « Ça », mais on ne sait pas pourquoi, ni comment. On ne sait pas non plus d'où vient cette capacité à créer des voyages interstellaires, ce que Tomorrowland parvenait à expliquer !). De plus, ces trois personnages féminins cités plus haut rappellent essentiellement que Meg et son petit frère sont des personnages « élus ».
Comment expliquer, dans ce cas-là, que l'ami de Meg, Calvin, un enfant rencontré de manière totalement random, parvienne lui aussi à voyager entre les mondes ? Le film est incohérent avec lui-même et l'histoire qu'il tente de proposer.
Une narration incohérente et une esthétique qui ne transcende jamais

Une fois arrivé dans sa dernière ligne droite, tout se décante trop rapidement, avec des facilités anecdotiques. Les enjeux du film sont beaucoup trop simplistes. On retombe dans une morale hyper conventionnelle que nous avait introduite Tomorrowland.
Esthétiquement parlant, le film ne réalise pas forcément de fausses notes, mais est loin d'être transcendant. Il se charge essentiellement de pomper les décors colorés et lumineux du film de Brad Bird (2015), sans tenter de proposer quelque chose parvenant à le faire se démarquer d'autres productions du même acabit.
Proposant un univers coloré, des créatures intéressantes et un onirisme de tout instant, Un raccourci dans le temps se plante dans sa cohérence dramatique. La narration ne parvient jamais à se justifier comme il se doit, repoussant les réponses plus loin dans le temps, sauf que le film n'y répond, au final, jamais.
Malgré sa première heure bienveillante et prometteuse, le film démontre l'incapacité de Disney, en dehors des reboots, remakes et autres valeurs sûres, à produire un contenu structuré et intéressant.


