Ron Perlman jouera Ernest Hemingway dans un film consacré aux deux dernières années de l'écrivain, « tout ce qui mène à son suicide », à l'époque où il « commence à tout perdre ». L'interprète de Hellboy, 76 ans, l'annonce dans un long entretien accordé à Deadline, où il précise qu'il coréalisera le film avec le chef opérateur mexicain Gabriel Beristain. Asylm Studios, la société de production qu'il a fondée il y a un an avec Willie Morris, portera le projet.
Le scénario part d'un récit que l'acteur tient d'Enrique Cirules, écrivain cubain mort en 2016, qui avait consacré plusieurs livres aux années cubaines d'Hemingway. Perlman résume le projet ainsi : « De toutes les maîtresses d'Hemingway, Cuba est celle qui l'a tué. » Il y voit « une tempête parfaite », celle d'un homme pris entre la chute de Batista, l'arrivée au pouvoir de Castro et la colère de J. Edgar Hoover. L'écrivain se croyait suivi par le FBI. Cette crainte, jugée délirante à l'époque, « s'est révélée fondée », selon l'acteur. Hemingway quitte l'île en 1960. Soigné pour dépression à la clinique Mayo, d'abord sous un faux nom pendant l'hiver puis de nouveau au printemps 1961, il y subit au moins une quinzaine de séances d'électrochocs, auxquelles il reproche d'avoir effacé sa mémoire. Il se tue d'un coup de fusil le 2 juillet 1961 dans sa maison de Ketchum, dans l'Idaho, deux jours après son retour de la clinique.
Pour Perlman, Hemingway « a eu une influence profonde sur le siècle dernier en tant qu'artiste », mais tout cela a été « éclipsé » par l'homme, son image et les disputes qu'il déclenchait. Quand Deadline lui rappelle que l'écrivain est passé de mode pour sa manière de vivre et de penser, l'acteur répond que le film s'y intéressera justement.
Gabriel Beristain, chef opérateur de Blade II et de Black Widow

Gabriel Beristain a éclairé Caravaggio de Derek Jarman, Dolores Claiborne, La Prisonnière espagnole de David Mamet et Black Widow, ainsi que Blade II de Guillermo del Toro, dans lequel Perlman jouait le vampire Reinhardt. Il a déjà réalisé Ya no quedan junglas, un thriller de vengeance sorti en Espagne en 2025, où l'acteur tenait le premier rôle. Beristain l'a emmené à Cuba pour la première fois, raconte Perlman, qui en est revenu « contaminé » par cette histoire : « Après une décennie, nous allons enfin le faire, très bientôt. »
Perlman affirme avoir le soutien de la succession Hemingway, qui lui propose même de tourner à la Finca Vigía, la maison de l'écrivain près de La Havane devenue musée. Il dit avoir aussi accès à La Bodeguita del Medio, que la légende associe aux mojitos d'Hemingway, au Floridita, où l'écrivain buvait ses daiquiris, à l'hôtel Ambos Mundos où il écrivait debout, ainsi qu'à son bateau, le Pilar. La Finca a déjà servi de décor à Papa: Hemingway in Cuba de Bob Yari, premier film hollywoodien tourné sur l'île depuis la révolution, reçu fraîchement à sa sortie en 2016.
L'équipe étudie la possibilité de tourner à Cuba et garde l'Espagne comme solution de repli. Perlman voudrait tourner en janvier ou février, quand la chaleur de La Havane reste supportable sous les prothèses qu'il portera, avant de rejoindre en mars au Nouveau-Mexique le tournage de Legends, la série de FX où les acteurs de Sons of Anarchy jouent des versions d'eux-mêmes. Aucun financeur n'est annoncé pour le film sur Hemingway. Asylm en est encore à « constituer son trésor de guerre », dit Perlman. Willie Morris compte démarcher des investisseurs dans les prochains mois. Aucun autre nom de la distribution n'a été dévoilé.
Hellboy 3 avec Guillermo del Toro, ou aucun Hellboy

Dans le même entretien, l'acteur revient sur son vieux rêve d'un Hellboy 3. Les Hellboy de Guillermo del Toro devaient former une trilogie. Hellboy II laissait Liz Sherman enceinte de jumeaux, sans régler la prophétie qui destine le héros à détruire le monde. Ron Perlman refuse toute autre version du personnage, qu'il s'agisse du reboot raté de 2019 ou des films tournés depuis sans del Toro. Il se dit prêt à reprendre le rôle si le cinéaste l'appelle, même dans dix ans. Sur ses échanges avec lui, il s'en tient à un « pas de commentaire ».



