Il y a dix-huit mois, monter un PC restait un exercice de style, entre patience et comparaison de prix. Aujourd’hui, c’est un arbitrage budgétaire douloureux, et le composant qui fait dérailler la note n’est ni le processeur ni la carte graphique : c’est la mémoire. Le même phénomène a déjà fait grimper le tarif des PS5, retardé des machines, vidé des rayons entiers, et il plane désormais sur la PS6. Voici l’état du dossier, en séparant les faits établis des projections. Cette page sera mise à jour au fil du marché.
Le point de départ : la HBM a mangé les usines
La mémoire, ce n’est pas un marché atomisé. Trois fabricants, à savoir Samsung, SK Hynix et Micron, pèsent à eux seuls plus de 90 % de la production mondiale. Quand ces trois-là réorientent leurs lignes, l’offre mondiale bouge mécaniquement.
Et ils les ont réorientées, en effet le HBM, cette mémoire ultra-rapide qui équipe les accélérateurs d’IA, affiche des marges sans commune mesure avec celles de la DDR5 destinée à nos tours. Le calcul industriel et économique ne fait pas l’ombre d’un doute : entre un client hyperscaler qui signe des volumes énormes à prix fort et un joueur qui cherche un kit 32 Go, l’arbitrage se fait tout seul. Micron a poussé la logique jusqu’au bout en se retirant du segment grand public avec sa marque Crucial début 2026.
Résultat, les prévisions les plus reprises tablent sur des centres de données absorbant l’essentiel des puces mémoire produites cette année, avec une tension qui pourrait s’étirer jusqu’en 2029, une bonne partie de la capacité 2028 étant déjà vendue avant même d’être fabriquée.
Les chiffres, et ils piquent

Sur le marché de détail, l’ordre de grandeur est le suivant : un kit DDR5 32 Go qui se trouvait entre 80 et 120 euros à l’automne 2025 s’échange aujourd’hui entre 350 et 500 euros selon les références et les arrivages. La DDR4, pourtant en fin de vie, a doublé. Les SSD suivent la même pente, la NAND étant frappée par la même réallocation industrielle.
Pour situer : 32 Go de mémoire coûtent désormais autant qu’un processeur milieu de gamme ou qu’une carte graphique d’entrée de gamme. La RAM est passée du statut de ligne oubliée du devis à celui de premier poste d’arbitrage. Et les projections des analystes pour la seconde moitié de 2026 restent orientées à la hausse, pas à la baisse.
Les cartes graphiques prennent le relais
C’est la deuxième vague, actuellement en cours, fin juillet, Nvidia a notifié à ses partenaires une hausse de 20 à 30 % sur l’ensemble de sa gamme grand public, la troisième de l’année après un ajustement de 10 à 15 % en janvier et une révision ciblée sur le très haut de gamme au printemps. AMD suit avec des augmentations plus mesurées sur les Radeon RX 9000.
La nuance importante, cette fois : Nvidia facture désormais des kits complets, puce graphique et mémoire vidéo. Les assembleurs n’ont donc plus aucune marge pour absorber le choc, ils répercutent. Les grilles tarifaires relevées côté asiatique montrent des hausses de près de 20 % en une seule semaine sur certaines RTX 5080 et 5070 Ti.
En France, l’effet est amorti mais visible : les modèles les plus demandés s’affichent régulièrement plusieurs centaines d’euros au-dessus du tarif conseillé. Et comme les étiquettes en magasin reflètent des contrats signés trois à six mois plus tôt, ce que vous voyez aujourd’hui n’intègre pas encore la dernière hausse.
Les consoles n’y échappent pas non plus
Historiquement, une console baisse de prix au fil de sa génération. En 2026, la logique s’est inversée : Sony a augmenté ses PS5 en cours de route, la PS5 Pro s’est installée dans une zone tarifaire qui aurait paru absurde il y a trois ans, et les analystes projettent une PS6 autour des 999 dollars. La même crise mémoire a d’ailleurs alimenté les rumeurs d’un report de la PS6 jusqu’en 2029, depuis contestées par des sources bien placées.

L’effet déborde largement du salon : cartes d’extension de stockage, machines portables, PC de bureau préassemblés, smartphones, cartes de développement, tout ce qui embarque de la mémoire encaisse. Certains constructeurs ont d’ailleurs révisé leurs tarifs en invoquant explicitement le coût mémoire.
Quand est-ce que ça se calme ?
Personne ne promet 2027 comme année de transition douce. Les périodes de pénurie DRAM durent historiquement entre dix-huit et trente mois, le temps que de nouvelles capacités entrent en production, mais l’ampleur du basculement vers la HBM peut allonger le cycle. Les dirigeants du secteur eux-mêmes évoquent une accalmie plutôt à horizon 2028.

Autre facteur rarement mentionné : les fabricants ont retenu la leçon du crash post-Covid, quand la surproduction avait écrasé leurs marges. Ils n’ont aucune envie de rouvrir les vannes trop vite. Une baisse de la demande grand public ne fera donc pas mécaniquement chuter les prix, puisque ce n’est plus le grand public qui tient le marché.
Que faire concrètement ?
• Si vous avez un vrai besoin, n’attendez pas la bonne affaire. Sur ce marché, le prix de demain est probablement plus haut que celui d’aujourd’hui.
• Visez le milieu de gamme en fréquence. Un kit DDR5-5600 CL36 coûte nettement moins qu’un profil très haut de gamme pour quelques pourcents de performances en moins.
• Regardez sérieusement le préassemblé. Les intégrateurs achètent leur mémoire sur contrat, souvent bien avant vous. L’écart avec le montage maison s’est réduit comme jamais.
• Posez des alertes de prix. Les arrivages ponctuels créent encore des fenêtres, mais elles se referment en quelques heures.
• Reportez ce qui peut l’être. Un upgrade de confort n’a jamais aussi mal choisi son moment.
Comprendre la crise mondiale en quelques lignes
Ce qui est établi : la réallocation industrielle vers la HBM, la troisième hausse Nvidia de l’année, l’augmentation des consoles en cours de génération. Ce qui est solide sans être gravé : la poursuite de la hausse sur la fin 2026 et une normalisation qui n’arrivera pas avant 2028. Ce qui reste spéculatif : le tarif final de la PS6 et l’ampleur exacte des répercussions sur les prochaines machines portables.
La vraie bascule de cette histoire, c’est que le jeu vidéo et l’informatique grand public ne sont plus le client prioritaire de l’industrie du silicium. On est passés au second rang, derrière des data centers qui n’ont pas de plafond budgétaire.
Et vous, vous avez repoussé un upgrade cette année à cause des prix ? Ou vous avez craqué avant que ça n’empire ? Le débat est ouvert en commentaires.




