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Introduction en Bourse d'Anthropic : le prospectus dévoile sa dépendance à Amazon et Google
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Introduction en Bourse d'Anthropic : le prospectus dévoile sa dépendance à Amazon et Google

Le prospectus d'Anthropic révèle des ventes multipliées par quatorze, une perte record et 270 milliards de dollars de contrats cloud signés avec ses actionnaires.

JulienFondateur & Rédacteur en chef
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  • 27 octobre 2026
  • 8 min de lecture

Anthropic, la société qui développe Claude, a déposé lundi auprès de la SEC, l'autorité boursière américaine, le prospectus de son introduction en Bourse. Elle vise le Nasdaq, sous le symbole ANT, avec Goldman Sachs et Morgan Stanley pour mener l'opération. Le document rend publics pour la première fois les comptes d'un des laboratoires qui concurrencent OpenAI et Google sur les modèles d'IA les plus avancés. L'entreprise y range sa dépendance aux géants du cloud parmi ses principaux facteurs de risque.

Ce prospectus reste préliminaire. Il ne donne ni le nombre d'actions mises en vente, ni la fourchette de prix, ni la date de cotation, si bien qu'aucune valorisation officielle n'existe à ce stade. Plusieurs cases chiffrées sont même encore vides, dont le chiffre d'affaires annualisé au 31 octobre et le total des engagements d'achat de puissance de calcul. Anthropic avait soumis une première version à l'examen confidentiel de la SEC en juin.

Un chiffre d'affaires multiplié par quatorze en un an

Illustration du prospectus d'Anthropic : une boîte de Petri aux colonies rouges à côté de la coupe d'une ammonite fossile

Anthropic a facturé 41 millions de dollars en 2023, 386 millions en 2024 puis 4,6 milliards en 2025. Au premier semestre 2026, le chiffre d'affaires atteint 16,3 milliards de dollars, contre 1,16 milliard un an plus tôt, dont 11,6 milliards sur le seul deuxième trimestre. L'effectif est passé d'environ 940 salariés fin 2024 à 5 300 au 30 septembre 2026.

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Aucun client ne dépasse 10 % des ventes sur les neuf premiers mois de 2026 ; les cinq plus gros en représentent environ un quart. Au troisième trimestre, 79 % du chiffre d'affaires venait de clients extérieurs à ce top 5, contre 64 % au premier.

Anthropic compare le lancement de Claude Code à l'arrivée des premiers assistants conversationnels. Les modèles sortis au cours des six mois précédents ont généré plus de 80 % des ventes du troisième trimestre. Pour les clients, une nouvelle version coûte parfois plus cher à l'usage : début octobre, Claude Sonnet 5.5 gardait son tarif affiché mais faisait grimper la facture réelle des développeurs.

Une perte nette de 80,7 milliards de dollars, dont 72,4 de réévaluations

Illustration du prospectus d'Anthropic : une peinture de paysage de montagne et de lac recouverte d'une grille et de points verts qui montent

Anthropic a perdu 1,5 milliard de dollars en 2023, 8,3 milliards en 2024, 42 milliards en 2025, puis 80,7 milliards au premier semestre 2026. L'essentiel de cette somme ne correspond à aucune sortie d'argent. Sur ces six mois, 72,4 milliards viennent de la réévaluation des obligations convertibles, des dérivés et des SAFE (des titres donnant droit à des actions futures) émis au fil des levées de fonds. Quand la valorisation de l'entreprise augmente, la réévaluation de cette dette convertible en actions s'inscrit en charge dans le compte de résultat. Une autre charge de 8,7 milliards tient à la réévaluation d'instruments financiers.

Sur le plan opérationnel, les pertes se réduisent sans atteindre l'équilibre. La perte d'exploitation tombe à 693 millions de dollars au premier semestre, contre 2,1 milliards un an plus tôt. L'activité a dégagé 3,9 milliards de trésorerie sur la période. L'indicateur de résultat ajusté, qui exclut notamment les rémunérations en actions et ces réévaluations, affiche un bénéfice de 2,7 milliards. Il s'agit d'une mesure choisie par l'entreprise, hors normes comptables américaines, qui retire aussi des charges bien réelles comme les 2,2 milliards versés en actions aux salariés sur le semestre.

Le calcul et l'infrastructure ont coûté 8,9 milliards de dollars sur six mois, les ventes et partenariats 3,2 milliards contre 120 millions un an plus tôt. Anthropic prévient qu'elle pourrait ne jamais atteindre ni maintenir la rentabilité. Au 30 juin, elle disposait de 112,4 milliards de dollars de trésorerie et de 19,3 milliards de placements à court terme, après avoir levé 141,1 milliards depuis sa création.

Amazon, Google et Microsoft, à la fois actionnaires, fournisseurs, clients et concurrents

Illustration du prospectus d'Anthropic : des courbes et des points sur fond beige à côté de colonies en pointillé noir sur papier jaune

Anthropic devra payer une large part de la puissance de calcul réservée même si elle ne l'utilise pas. Elle s'est engagée à dépenser au moins 110 milliards de dollars chez Amazon jusqu'en 2036, au moins 114,5 milliards chez Google jusqu'en 2033 et au moins 44,9 milliards chez Microsoft jusqu'en 2033, soit près de 270 milliards de dollars pour ces trois actionnaires. S'y ajoutent de 125 à 150 milliards de dollars de calcul sur puces TPU, auprès de Google notamment, à livrer entre 2028 et 2031. Le plus gros poste reste les loyers d'équipements Broadcom, environ 161,2 milliards sur des baux de cinq ans. Viennent ensuite jusqu'à 120,5 milliards chez SpaceX.AI (l'ancienne xAI, désormais filiale de SpaceX), 44,6 milliards chez Nscale et 41,3 milliards chez Lambda, plus de 20 milliards de matériel AMD si la première tranche est entièrement commandée.

Anthropic ne peut résilier les contrats Amazon, Google et Broadcom qu'en cas de manquement grave du fournisseur ; celui de Microsoft prévoit aussi une sortie pour les tranches non livrées. Ces quatre engagements totalisent environ 430 milliards de dollars, plus de trois fois la trésorerie et les placements disponibles au 30 juin. Les contrats SpaceX.AI peuvent être résiliés avec trois mois de préavis une fois passées leurs périodes fermes, qui s'achèvent en janvier et en mars 2027. Nscale et Lambda ne facturent qu'à mesure que la capacité est livrée.

Ces mêmes groupes ont investi au capital. Amazon détient 6,2 milliards de dollars d'obligations convertibles, qui deviendront des actions sans droit de vote au moment de la cotation, dans la limite d'un plafond de détention. Google a injecté 10 milliards lors du dernier tour de table, en mai ; son accord d'investissement de 2026 plafonne sa part à 14,99 % du capital. Le prospectus précise que ces trois clouds, qui distribuent aussi Claude sur leurs plateformes, voient passer ses tarifs et peuvent servir leurs propres besoins en priorité. Une migration vers d'autres fournisseurs serait, selon le document, coûteuse et longue.

À lire aussi : ChatGPT n'est plus seul au sommet : où en sont franchement Gemini et Claude

Des fondateurs qui gardent la majorité des voix

Illustration du prospectus d'Anthropic : trois cercles de taille croissante découpés dans un ciel nuageux peint, sur fond sombre

Les futurs actionnaires achèteront des actions de classe A, à une voix par titre, sans pouvoir prendre le contrôle. Une action de classe F, détenue par une structure des fondateurs, portera à elle seule 50,1 % des droits de vote. Le Long-Term Benefit Trust, une fiducie sans intérêt financier dans la société, élira quatre des sept administrateurs. Anthropic se déclare donc « société contrôlée » au sens du Nasdaq, un statut qui la dispense de certaines règles de gouvernance imposées aux autres sociétés cotées. Les actions des partenaires stratégiques comme Amazon et Google seront sans droit de vote tant qu'elles ne sont pas revendues.

Anthropic est une société à mission (public benefit corporation) de droit du Delaware. Son conseil doit concilier l'intérêt financier des actionnaires, celui des personnes touchées par son activité et l'objectif d'intérêt général inscrit dans ses statuts. Les sept cofondateurs, dont le patron Dario Amodei et sa sœur Daniela, présidente, voteront ensemble l'action de classe F. Cinq d'entre eux apparaissent aussi dans la rubrique des actionnaires vendeurs, pour un nombre de titres encore en blanc ; le produit de ces ventes leur reviendra directement. Anthropic a par ailleurs logé 5 % de son capital dans un fonds d'intérêt public qui lui appartient.

Le Pentagone, les droits d'auteur et les restrictions à l'export

En février, après le refus d'Anthropic de voir ses modèles servir à la surveillance de masse sur le sol américain ou à des armes entièrement autonomes, le président des États-Unis a ordonné aux agences fédérales de cesser d'utiliser sa technologie. Le secrétaire à la Guerre l'a désignée comme un risque pour la chaîne d'approvisionnement. Un tribunal fédéral de Californie a donné largement raison à l'entreprise le 27 août, en jugeant ces mesures contraires à la liberté d'expression. La cour d'appel fédérale de Washington a en revanche validé le 25 septembre, à deux juges contre un, la désignation prise sur un autre fondement légal. Anthropic demande un réexamen par la cour au complet. Les contrats publics ne représentent qu'environ 1 % des ventes, mais le dossier reconnaît que l'affaire peut éloigner les clients qui travaillent pour l'État fédéral.

En juin, le département du Commerce a imposé des restrictions mondiales à l'exportation de Fable 5 et Mythos 5, alors les deux modèles les plus puissants de son catalogue. Anthropic les a coupés pour tous ses clients jusqu'à la levée de ces restrictions, obtenue après un renforcement de ses garde-fous. Pour violation des droits d'auteur, l'entreprise a déjà versé 1,5 milliard de dollars pour clore l'action collective Bartz, portée par des auteurs de livres. D'autres procédures restent ouvertes, dont celle des éditeurs musicaux emmenés par Concord sur des paroles de chansons et celle du quotidien québécois La Presse, déposée en juillet.

OpenAI a déposé un dossier confidentiel sans fixer de date de cotation

OpenAI, qui vient de lancer GPT-6.1 Sol, a annoncé début juin avoir lui aussi déposé un dossier confidentiel, avec une dernière valorisation de 852 milliards de dollars après sa levée de mars. L'entreprise de Sam Altman prévenait que la cotation pourrait attendre, certaines de ses ambitions étant « plus faciles à mener en tant que société privée ».

Jusqu'ici, les chiffres d'Anthropic se lisaient dans des fuites et des déclarations ; l'entreprise ne publie toujours aucun total d'utilisateurs, comme le rappelait notre point sur les IA les plus utilisées. Le prospectus livre des comptes audités de 2023 à 2025, des résultats semestriels 2026 non audités ainsi que le détail des engagements de calcul et des litiges. Anthropic doit encore présenter l'opération aux investisseurs puis fixer le prix de ses actions.

Photo de Dario Amodei : TechCrunch (TechCrunch Disrupt 2023), CC BY 2.0, Wikimedia Commons.

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