Netflix a mis en ligne le 1er octobre les sept épisodes d'À l'est d'Éden, la mini-série que Zoe Kazan a tirée du roman de John Steinbeck, soixante et onze ans après le film qu'en avait signé son grand-père, Elia Kazan, avec James Dean. La critique anglo-saxonne lui réserve un très bon accueil, avec 85 % d'avis positifs sur Rotten Tomatoes (33 critiques) et une moyenne de 80 sur 100 sur Metacritic au 2 octobre. Les critiques les plus enthousiastes visent Florence Pugh, qui joue Cathy Ames, l'un des personnages les plus cruels du roman de Steinbeck.
Le film de 1955 n'adaptait que la dernière partie du livre, centrée sur les jumeaux Cal et Aron. La série reprend la saga entière, sur trois générations de Trask, des lendemains de la guerre de Sécession à la Première Guerre mondiale, si bien que les jumeaux n'y apparaissent adolescents que dans les deux derniers épisodes. Daniel Fienberg, de The Hollywood Reporter, tient le film d'Elia Kazan pour un mélodrame de prestige audacieux, mais juge qu'en tant qu'adaptation de Steinbeck il « frôle le désastre ». La version de sa petite-fille, plus fidèle au roman, « donne le sentiment de comprendre pourquoi À l'est d'Éden est un texte à part ».
Florence Pugh terrifiante, Hoon Lee en vraie révélation
Hunter Ingram, de The A.V. Club, voit dans la Cathy de Florence Pugh « sa meilleure performance à ce jour », un personnage « rêche comme du papier de verre » et pourtant séduisant. The Hollywood Reporter la qualifie de « terrifiante » dès le titre de sa critique, quand Ed Power, de l'Irish Times, compare son jeu à une bombe qui n'a pas encore explosé. Le rôle avait valu en 1956 l'Oscar du meilleur second rôle à Jo Van Fleet, dont c'était le premier film.
Zoe Kazan ajoute à Cathy un traumatisme d'enfance qui explique en partie sa cruauté. Alison Herman, de Variety, note que cette origine atténue la férocité singulière des premiers épisodes. L'Irish Times trouve au contraire Pugh légèrement en décalage avec un scénario qui veut l'humaniser, pour une Cathy si féroce qu'elle écrase par moments la lecture de Kazan.
La critique distingue aussi Hoon Lee (Banshee), qui joue Lee, le domestique sino-américain des Trask, un personnage absent du film de 1955. Zoe Kazan et le romancier Alexander Chee lui consacrent l'essentiel du cinquième épisode, le seul dont elle ne signe pas seule le scénario. Fienberg en fait la « vraie révélation » de la série, Variety le « cœur battant » de l'adaptation aux côtés de Pugh.
Un Adam terne, une image trop sombre et un récit compressé
Fienberg trouve Christopher Abbott (Adam) « morose et monocorde » face à un Mike Faist qui rend Charles « dangereusement excitant ». Il prévient aussi que Netflix vend la série comme un triangle amoureux entre les trois acteurs, « ce qu'elle n'est certainement pas ». Zoe Kazan voulait huit épisodes et n'en a finalement tourné que sept. Variety y sent une compression, qui réduit Faist à une présence étonnamment discrète dès que le couple part pour la Californie.
Nick Schager, du Daily Beast, juge la série « excellente à tous points de vue sauf un », l'éclairage. Il la trouve souvent « si sombre qu'elle en devient incompréhensible », à commencer par l'arrivée de Cathy, couverte de coups, à la ferme des Trask, presque indéchiffrable jusqu'à ce qu'une porte ouverte laisse passer un peu de lumière.
Écran Large et AlloCiné, plus réservés sur la série, épargnent eux aussi Pugh. Ange Beuque, d'Écran Large, salue « l'interprétation vénéneuse de Florence Pugh en antagoniste délicieusement déstabilisante » mais estime que « le vertige existentiel au long cours auquel elle prétend peine à émerger en sept petits épisodes ». Clément Cusseau, d'AlloCiné, regrette qu'il faille deux épisodes pour lancer l'intrigue et trouve que la voix off de Cathy alourdit le récit, tout en imaginant Florence Pugh parmi les nommées aux Golden Globes et aux Emmy Awards l'an prochain.
Les sept épisodes, de 51 à 68 minutes, sont réalisés par Garth Davis (Lion) pour les quatre premiers et par la Française Laure de Clermont-Tonnerre pour les trois derniers, avec Ciarán Hinds et Tracy Letts dans les seconds rôles. Variety rappelle que Florence Pugh, également productrice exécutive, a surtout tourné pour Marvel ces dernières années, sans rôle à la hauteur de son talent. Elle retrouve le studio dès décembre avec Avengers : Doomsday, où elle reprend Yelena Belova, la même semaine que Dune : Troisième Partie, où elle reprend le rôle de la princesse Irulan.



